En tant que parent, nous rencontrons souvent le doute dans la manière de prendre soin de nos enfants. Parfois ce sont de gros doutes très visibles et l’on cherche des solutions rapidement. Mais cela peut-être aussi un « petit caillou dans la chaussure », une intuition qu’on ne s’explique pas toujours mais qui est là, persistante, il y a un truc !
L’intuition parentale, de quoi parle-t-on ?
En tant que parents, nous avons tous des intuitions, cette capacité innée à comprendre ce qui est le mieux pour notre enfant. C’est aussi une connaissance intuitive des moments où quelque chose ne va pas, n’est pas optimal ou qu’il y a un danger pour notre enfant. La connexion émotionnelle mais aussi notre ADN en commun nous y aide.
Le Larousse la définit comme suit : « Sentiment irraisonné, non vérifiable qu’un évènement va se produire, que quelque chose existe. Connaissance directe, immédiate de la vérité sans recours au raisonnement, à l’expérience. »
« Au fond de moi, je savais qu’il y avait quelque chose d’anormal chez ma fille. Tout le monde, y compris mon conjoint, m’a dit que je me faisais des idées, mais j’ai gardé cette idée en tête. Lorsque j’ai rencontré l’enseignante de ma fille, son retour n’a fait que confirmer mon intuition et je me suis autorisée à investiguer. Je ne savais pas ce que je cherchais, mais je savais que quelque chose clochait. Au final, j’avais raison, un diagnostic de dyspraxie a été posé. » Manon, mère de deux enfants
Avec cette intuition, nous avons le sentiment automatique de prendre la bonne décision. Elle agît comme une boussole intérieure, nous aidant à orienter nos enfants et à éviter certaines actions. Quand nous ressentons quelque chose qui ne va pas, nous ne sommes pas des professionnels mais nous sommes qualifiés pour investiguer ! Quand notre intuition nous parle, nous cultivons notre curiosité, notre observation de notre enfant pour comprendre ce qu’il se passe et comment agir au mieux. Ce 6e sens nous fait nous sentir bien et entiers dans nos décisions. C’est comme une mélodie intérieure qui se met en route. Lorsque nous sentons que notre ado ne devrait pas fréquenter ce groupe-là, on sent alors qu’elle déraille ou au contraire qu’elle sonne joyeusement quand nous trouvons enfin la raison des pleurs de notre enfant !
« Cela fait plusieurs fois que je remarque que mon ado s’enferme dans sa chambre en veillant visiblement à ce que la porte soit consciencieusement fermée. Mon intuition m’a fait comprendre que ce n’était pas un simple isolement d’adolescent. J’ai voulu en avoir le cœur net. En ouvrant la porte, j’ai eu le sentiment que quelque chose avait été caché, j’ai soulevé des vêtements à côté d’elle et ai découvert une tablette avec du contenu pornographique qu’elle venait de consulter… » Laura, mère de 3 enfants
Pourquoi ce n’est pas si simple aujourd’hui d’écouter son intuition parentale ?
Nous sommes moins connectés les uns les autres car nous subissons différentes pressions : professionnelle, logistique, économique…au quotidien. Le smartphone se met également en travers de nos relations avec la fameuse « technoférence ». Tout cela nous empêche de prendre du recul sur ce qui nous semble vraiment bon pour nos enfants.
Il y a aussi ce bruit ambiant autour de la parentalité : nous sommes inondés de conseils, d’injonctions en tout genre : la sage-femme vous a dit que… Le médecin vous a dit que…la puéricultrice vous a dit de faire comme ça… Cet auteur de parentalité prône cela…Mais non Madame, Monsieur, vous vous trompez, tout va bien ! Nous avons tous entendu ces phrases lorsque, pris d’un doute, nous avons décidé de demander l’avis d’un tiers. Un tiers qui peut nous rassurer, nous orienter, nous accompagner mais qui peut aussi nous couper de ce ressenti que nous avons si nous prenons un tout petit peu de recul . Cette accumulation de connaissances nous éloigne de notre intuition, de l’écoute, de l’observation. Elle nous conduit aussi vers l’épuisement, le doute faute d’avoir écouté ce que notre intuition essayait de nous dire.
Il y a également une question de manque d’apprentissage de l’écoute de son intuition, des ses ressentis. Ce canal de pensée et d’action n’est pas du tout légitimé en France et mériterait d’être beaucoup plus développé !
« Tout le monde te diras comment faire. Je m’y refuse. Rien ne remplacera comment vous voyez les choses. Rien ne remplacera votre intuition. Le système autour de vous peut vous amener à douter de vous. Après quelques échecs, je me suis dit « plus jamais ». Je ne laisse pas le choix quand un truc me dit qu’il faut qu’on y aille. Si tout le monde me dit que ça ne sert à rien, ce n’est pas à eux d’en juger. Suivez ce que vous pensez. » Lucie, mère de quatre enfants
Enfin il y a un problème sociétal lié à l’écoute des femmes et des mères en particulier. Leur parole est encore trop facilement ignorée, remise en question, disqualifiée… Que ce soit par les médecins, les professionnels qu’elles rencontrent voire même leur conjoint.
« J’ai dû rencontrer les errances de cinq professionnels avant d’être écoutée pour mon fils qui avait une laryngomalacie (NDLR : cause congénitale la plus fréquente de respiration bruyante, ou stridor, associée à des difficultés d’alimentation chez les nouveau-nés). J’ai eu beau transmettre tous les symptômes que j’avais observés, personne ne m’a prise au sérieux. Une ORL a même refusé de voir mon bébé qui n’allait vraiment pas bien, jusqu’au SAMU qui a mis les problèmes rencontrés sur l’allaitement. En circulant sur les forums de parents concernés, je me suis aperçue que c’était le cas pour quasi tous les parents de bébés atteints de ce problème. Et les parents arrivaient avec un bébé bleu aux urgences en se faisant réprimander pour n’avoir rien fait avant…Ils n’avaient juste pas osé lutter contre les « sachants » qu’ils avaient rencontrés jusque là. » Marine, mère de deux enfants
Les courants éducatifs, les règles, les techniques, les professionnels, les connaissances sont des repères et heureusement qu’ils existent mais ils ne doivent pas éluder l’intuition qu’a le parent. Le parent est celui qui vit avec l’enfant, il est l‘expert de son enfant. L’observation du parent, son intuition permet de ne pas rester figé dans ses idées, son intellect. Elle permet surtout une adaptation aux besoins de cet enfant-là dans cet environnement-là.
Comment donner plus de place à l’intuition ?
« Quand j’ai une intuition, je prends le temps de voir si ce n’est pas mon cerveau qui me joue des tours ou que ce n’est pas une simple réaction émotionnelle avant de la suivre. Mais quand elle est là, je la ressens physiquement, elle ne me quitte pas tant que j’ai pas agit. J’ai alors une conviction profonde, solide, récurrente dont je ne peux me débarrasser, je ne peux pas passer à autre chose. » Marine
Apprenons à nous faire confiance dès le plus jeune âge, à cesser d’écouter tout le monde et à donner plus de crédit à notre propre pensée. C’est alors plus facile pour oser dire non, oser avoir son libre arbitre. L’expérience, au fil du temps, nous aide à savoir quand suivre cette intuition, voir quand « ça » ne lâche pas et comment trouver du soutien. Faisons confiance aussi à ce lien qui nous unis à nos enfants, un lien indéfectible, indicible qui nous permet d’anticiper, de comprendre. Enfin écoutons ces sensations corporelles qu’une intuition peut générer chez nous, ce que disent nos sens, nos pensées récurrentes, nos émotions en faisant preuve d’un peu d’introspection. Cela nous prend aux tripes, c’est constant, cela ne lâche pas malgré ce que peut dire l’entourage.
« D’une certaine manière, mon enfance difficile m’a aidée. Elevée par des parents divorcés, dans un milieu très matriarcal, ma mère m’a appris à ne compter que sur moi-même. Son slogan : « avec le bac, le permis et la capacité de penser par toi-même tu pourras tout faire. » Grâce à cela, je me connais bien, j’ai fait mes preuves auprès de moi-même, j’ai appris à m’autoriser à faire confiance à mon intuition et à la suivre. » Lucie
A chaque parent d’amorcer une réflexion sur ses intentions en matière d’éducation, d’assumer sa propre façon d’agir en accord avec son intuition, s’autoriser à avoir ses propres réponses. Une bonne dose d’improvisation et d’inspiration du moment est nécessaire pour faire face à certaines situations. Lâcher son mental et se relier à son intuition permet de renouer avec des compétences parentales inouïes !
Merci à Lucie, Marine, Manon et Laura pour leurs précieux témoignages.
Pour aller plus loin :
L’éducation approximative, d’Agnès Labbé, Marabout, 2019
Chasseur cueilleur, parent, de Michaeleen Doucleff, Pocket, 2022
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