Le Livre du mois

Comment accompagner l’éveil sensoriel de son enfant ?

Dès le plus jeune âge, l’enfant explore son environnement à travers ses sens : l’odeur réconfortante de sa maman, celle de son papa, les voix de son entourage, les saveurs des aliments qui lui sont proposés, ainsi que des objets qui attirent son attention. Il ressent également les câlins réconfortants, les moments où il est porté, et son horizon qui s’éclaircit progressivement à mesure que sa vue se développe… Tous ses sens sont en éveil, lui permettant d’apprendre constamment sur son environnement. C’est par ses sens qu’il nourrit peu à peu son intelligence, comme l’avait très bien compris Maria Montessori. Les concepteurs de jouets pour enfants ont bien saisi cette réalité, en vantant les qualités sensorielles de leurs jouets. Cependant, est-ce que les jouets sont les plus à même de développer cette sensorialité ? Explorons comment accompagner cet éveil sensoriel et les ressources dont nous disposons pour en tirer parti.

Un garçon regardant au loin dans un paysage naturel, avec une main sur son front pour se protéger du soleil.

Accompagner le regard

En famille, on peut simplement ralentir le regard, explorer les petits miracles du quotidien : un coucher de soleil, une ombre rigolote sur le mur, la lumière qui change la pièce au fil de la journée, la couleur d’un fruit avant de le manger, tous ces petits émerveillements à portée de main.

Un enfant avec des cheveux roux, habillé d'un manteau gris, bleu et vert, souriant et levant la main pour saluer.

Aider à ouvrir ses oreilles, à faire silence, à écouter ce qu’il se passe

Pour l’ouïe, on peut avec l’enfant prendre le temps d’écouter le silence, les bruits dans la rue, les bruits que l’on perçoit dans la maison : Papa qui siffle dans la salle de bain, le grand-frère qui joue dans sa chambre…Ecouter les bruits du matin : bruit de la porte, de la pluie, un oiseau qui chante, jouer à deviner ce que l’on entend les yeux fermés, écouter ensemble des comptines, des musiques, les bruits de la nature…C’est un vrai jeu pour un enfant et pour nous adultes, c’est un moyen de se rendre présent et disponibles pour en profiter.

Une petite fille blondie portant une blouse jaune serre un lapin noir et blanc dans ses bras, avec un paysage de campagne en arrière-plan.

Prendre le temps de toucher

Le toucher se travaille très naturellement : laisser l’enfant manipuler la pâte, sentir la différence entre le chaud et le froid en cuisine, marcher pieds nus sur différentes surfaces, jouer à faire des massages sur la plage, faire rouler une balle sur son bras, sa jambe, s’allonger dans l’herbe fraiche et sentir les chatouillis des brins d’herbe et des petites bêtes, se promener en forêt pour ramasser des feuilles, des marrons, des bâtons, de la mousse, aller dans une ferme caresser les lapins, les chèvres, les moutons…ramasser des algues, des coquillages, des verts roulés sur la plage…Ce sont des expériences simples, mais très riches.

Un enfant avec des cheveux bouclés, tirant la langue tout en tenant un morceau de citron, dans une cuisine moderne.

Prendre le temps de goûter

Les enfants sont curieux, profitons de cette grande qualité pour jouer à découvrir de nouveaux goûts dans l’assiette, testons de nouvelles recettes, préparons-les avec lui, construisons ensemble les mots pour décrire ce qu’il ressent : c’est sucré, amer, acide, salé, ça ressemble à… c’est un goût bizarre…pour enrichir sa manière de décrire le monde.

Une jeune fille respire une fleur de tournesol dans un environnement verdoyant.

Prendre le temps de sentir !

L’odeur de l’air du printemps, du feu qui brûle dans les cheminées l’hiver, de la pluie qui vient de tomber sur un sol chaud, du plat qui cuit dans le four, du savon des mains que l’on vient de laver, du brin de lavande que l’on vient de ramasser, de la forêt dans laquelle on se promène, des fleurs chez le fleuriste…de la maison de grand-mère…Combien de souvenirs olfactifs avons-nous qui remontent à l’enfance ! Avec notre enfant, explorons les odeurs qui nous entourent et leur changement à chaque saison.

Et le corps dans tout ça ?

Le corps joue aussi un rôle central. Bouger, grimper, tourner, s’équilibrer… tout cela nourrit des sens moins visibles comme l’équilibre ou la perception du corps dans l’espace (ce qu’on appelle la proprioception). Les jeux physiques, même simples, sont donc très précieux. Y compris et surtout le jeu libre en pleine nature !

Eloge de la simplicité et de la lenteur

Comme vous pouvez le constater, éveiller les sens d’un enfant ne nécessite pas d’activités complexes ou élaborées. Au contraire, c’est dans le quotidien que tout se joue. L’idée n’est pas de « stimuler » sans cesse, mais d’ouvrir de petites fenêtres d’attention, sans aucune pression. Pour le parent, il s’agit d’accompagner en nommant sans nécessairement expliquer, montrer l’exemple en se rendant disponible à l’instant présent, aux occasions qui se présentent. L’adulte peut mettre des mots sur ces sensations, tout doucement, sans s’imposer pour aider l’enfant à structurer son expérience sensorielle, à développer son langage, à savoir décrire ses sensations. L’objectif n’est pas de planifier des séances d’apprentissage, mais d’accompagner la curiosité des enfants, en prenant tranquillement plaisir à leurs côtés à sentir, écouter, goûter et observer. C’est le plaisir que nous avons à les accompagner qui agit comme un véritable guide. Ce n’est pas « faire plus », c’est surtout être plus attentif à comment il découvre le monde.

Pour nous, parents, c’est accepter une certaine lenteur, l’enfant qui touche longtemps l’objet, qui s’extasie devant un caillou dans la rue : ses sens travaillent, ll observe, il écoute ! Pressés, nous avons tendance à écourter ces moments alors qu’ils sont essentiels. Alors, certes, tous les moments de la journée ne s’y prêtent pas mais essayons de garder des petits îlots de contemplation au milieu de nos vies bien remplies.

Nous pouvons avoir tendance à aller vers trop de stimulation : trop de jouets, trop de bruit, trop d’écrans qui peuvent brouiller les perceptions. Un gardant une certaine modération, une simplicité, un environnement plus épuré, on permet à l’enfant de mieux se concentrer sur ce qu’il ressent vraiment.

N’oublions pas que chaque enfant a son rythme. Certains cherchent beaucoup de sensations, d’autres sont plus sensibles ou prudents. Observer ses réactions permet d’ajuster : encourager sans forcer, proposer sans imposer.

La sensorialité pour se calmer quand c’est la crise :

Quand il y a des colères, revenir aux sensations, ou, au contraire, enlever toute sensation peut alléger le système nerveux et permettre à l’enfant de retrouver son calme : un câlin ou justement pas de câlin du tout, boire un verre d’eau, aller sentir son doudou, toucher sa maman, respirer profondément, croquer dans un aliment qu’il aime bien peut le reconnecter à son fonctionnement habituel. Aider l’enfant à se saisir de ses sens pour apprendre à se réguler peut être une belle ressource au quotidien.

C’est difficile pour certains enfants : quand l’hypersensorialité s’en mêle…

Manger certaines textures d’aliments, mettre ses chaussettes, sentir certaines odeurs, écouter de la musique dans la rue…chez certains enfants, cela génère des crises. Le cerveau ne parvient pas à gérer ce qu’il perçoit comme une hyperstimulation. De nombreuses astuces permettent d’adapter les choses pour apprendre petit à petit à être autonome avec cet spécificité. Vous pouvez retrouver beaucoup de ressources pour accompagner ces enfants à la sensibilité exacerbée dans le livre de M. Chrétien-Vincent, E. Rossini-Drecq et S. Tétreault L’éveil des sens chez l’enfant de 0 à 10 ans, stimuler son développement et sa découverte du monde aux éditions Mardaga ou dans le livre de Josiane Caron Santha Les hypersensibilités sensorielles chez l’enfant et l’adolescent. Le site Hoptoys propose également de nombreuses ressources pour ces enfants. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide dans ce cas !

A l’heure des écrans omniprésents dans notre quotidien, revenir aux expériences sensorielles permet à tous de se poser, de se calmer, de retrouver des capacités d’attention, de revenir à soi pour être mieux avec les autres, de profiter de l’instant présent. Mettons-nous à l’école de nos enfants, nos maîtres en contemplation des petits miracles du quotidien. A l’instar de Catherine Lécuyer avec le titre de son livre, cultivons l’émerveillement et la curiosité naturelle de nos enfants et la vie deviendra plus savoureuse pour toute la famille !

Pour aller plus loin :

Couverture du livre 'Cultiver l'émerveillement et la curiosité naturelle de nos enfants' de Catherine L'Écuyer, montrant une enfant émerveillée tenant un papillon, avec des critiques d'un best-seller.