Alors que les actualités ne nous épargnent pas, comment faire pour envoyer son enfant sans crainte dans une colonie de vacances, un camp de jeunes ou bien tout simplement chez des amis, des membres de la famille ? Si le risque zéro n’existe pas, certaines actions de prévention peuvent vraiment vous aider à limiter les risques et à partir plus confiants. L’objectif est de baisser les facteurs de risques et d’augmenter la prévention. Les parents sont les mieux placés pour la faire auprès de leurs enfants. Ils peuvent transmettre à leur enfant des connaissances et des habiletés très importantes qui le rendent moins vulnérable aux situations problématiques, et ce dès le plus jeune âge.
Nous sommes tous acteurs de la prévention des enfants. Nous avons tous à être vigilants pour protéger tous les enfants. Ainsi, il faut oser dire quand un comportement avec les enfants nous met mal à l’aise, même si c’est quelqu’un de la famille, un ami, quelqu’un qui a autorité.

Avant le séjour, quelques pistes pour préparer mon enfant :
Un enfant a qui on a parlé du sujet des abus d’une façon adaptée à son âge aura plus de facilités à en parler s’il y est confronté. L’enfant a le droit de refuser d’être approché par une personne s’il ressent de l’inconfort et ce, même s’il la connaît bien. Pour informer son enfant, il est important de tenir compte de l’âge de son âge et de ses besoins. Certaines informations peuvent provoquer chez lui de l’anxiété et nuire à sa tranquillité d’esprit, vous savez mieux que quiconque ce qu’il est en capacité d’entendre, ce qui lui fait peur. Quoi qu’il en soit, informer son enfant c’est lui donner des atouts pour se protéger.
Pour commencer, c’est en étant vigilant à instaurer un climat de confiance et d’écoute avec l’enfant, qu’on lui permet de pouvoir exprimer ses émotions sans crainte de se faire gronder. L’enfant doit également savoir nommer et reconnaître les parties intimes. De nombreux livres pour enfants peuvent vous aider sur ce sujet. (voir la bibliographie en fin d’article).
Expliquez-lui la loi en nommant ce qui est permis et interdit : « C’est ton corps, personne n’a le droit d’y toucher, enfant comme adulte. Tu n’as pas le droit de toucher les parties intimes de l’autre. Personne n’a le droit de te demander de toucher ses parties intimes. » Si quelqu’un insiste pour lui faire des caresses, des chatouilles ou des baisers ou pour qu’il lui en donne, même en douceur ou en lui promettant des cadeaux ou des privilèges, il doit s’en éloigner et le dire à une personne digne de confiance. De même si quelqu’un exige quelque chose qu’il estime mauvais pour lui ou qu’il lui demande de ne parler à personne de ce qui se passe entre eux. S’il ressent un malaise, il faut en parler. Même s’il a promis de ne rien dire et de garder le secret. Quand une personne agit en cachette, c’est peut-être pour faire quelque chose de mal ou d’interdit.
Prenez le temps de lui expliquer la différence entre un bon et un mauvais secret : si le secret te met mal à l’aise et/ou est quelque chose d’interdit : c’est un mauvais secret. Si le secret est fait pour donner de la joie, préparer une surprise agréable et pour être révélé le moment de la surprise venue : c’est un bon secret.

Il vaut mieux apprendre à votre enfant à toujours venir vous parler de quelque chose qui le gêne, l’embarrasse plutôt que de l’éduquer à dire « non ». Il n’est pas facile pour un enfant, même bien outillé, de dire non à un adulte en position d’autorité. Identifiez avec lui des adultes de confiance à qui il pourra parler en cas de problème : « Si tu rencontres une situation qui te mets mal à l’aise, à qui pourrais-tu en parler ? ». Passez ensemble en revue les personnes de confiance vers qui il peut se tourner, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la famille. Dites-lui que si l’adulte de confiance ne réagit pas, il faut absolument en parler à un autre adulte jusqu’à trouver une oreille attentive. Si un autre enfant lui confie quelque chose qui le met mal à l’aise ou qu’il estime grave, il doit également en parler à un adulte.

Pour vous parents, avant de confier votre enfant à une structure, quelques vérifications s’imposent :
Prenez le temps de regarder le site internet de la structure à laquelle vous confiez votre enfant : y a t-il une politique de prévention affichée ? Une réflexion sur le sujet ?
Si on vous annonce : « pas d’inquiétude, chez nous il ne se passe jamais rien » (c’est statistiquement impossible) et que le sujet ne vous semble pas travaillé, il peut y avoir un manque de prévention des risques.
Vous pouvez poser quelques questions pour vous en assurer :
- comment sont recrutés les bénévoles, les animateurs ? Quelles formations ont-ils ?
- Comment signale-t-on un évènement indésirable ?
- Quelle est la posture éducative des encadrants ? Quelle est la pédagogie employée, le cadre proposé ?
- Comment est gérée la différence d’âge au sein du groupe ?
- Comment sont gérés les écrans et téléphones ?
A propos des lieux à risques :
- comment est organisée la surveillance des tentes, des dortoirs ? Et par qui ? Hommes ? Femmes ?
- Comment est organisée la surveillance des douches et des sanitaires ? Séparations adultes/enfants, garçons/filles ?
- Comment sont répartis les adultes dans le bus ? En voiture ?
- Comment procèdent-ils s’il y a besoin d’isoler un enfant pour lui parler ?
- Si l’enfant va à l’infirmerie, est-il seul ?
Vérifier que la règle d’or suivante est bien appliquée : Les enfants ne sont jamais seuls sans surveillance. Un enfant seul avec un adulte doit toujours être visible des autres.

Une fois le séjour passé
Prenez le temps d’écouter votre enfant, soyez attentifs. Un enfant ne choisit pas toujours le bon moment pour nous parler (c’est même souvent l’inverse, particulièrement s’il a une information qui lui semble gênante à nous communiquer).
N’oubliez pas de transmettre à vos enfants les numéros d’urgence dédiés aux enfants et adolescents victimes de violence : 119, cyberharcèlement : 3018
Des livres pour aborder ce sujet avec les enfants :

Aujourd’hui je suis, de Mies Van Hout – À partir de 1 an …
Peints à l’aide de pastels ou bien de craies, ces poissons aux couleurs vives, empreints d’humour ou d’ironie, nous permettent de découvrir leurs humeurs, à chaque moment de la journée : le poisson curieux, le poisson heureux, le poisson triste, le poisson surpris ou encore peureux…

Parfois je me sens … de Anthony Brown – À partir de 2 ans
Comment aider son enfant à apprivoiser ses émotions, ses sentiments, ses sensations ? Lire Parfois je me sens… et en parler avec lui, peut-être une excellente solution.

La couleur des émotions – Anna Llenas À partir de 3 ans
Le monstre des couleurs se sent tout barbouillé, aujourd’hui. Ses émotions sont sens dessus dessous ! Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Réussira-t-il à mettre de l’ordre dans son cœur et à retrouver son équilibre ?

C’est MON corps de Mai Lan Chapiron À partir de 2 ans
Voici ton corps il est à toi. Personne n’a le droit de le toucher si tu n’es pas d’accord. C’est toi le chef de ton corps. Le jeune lecteur est invité à identifier ses parties intimes, à les nommer et à les protéger. Il apprend que son corps lui appartient, qu’il en est le seul et unique maitre et qu’il a le droit de dire NON lorsque son intégrité corporelle est mise en danger.

Les pansements invisibles – Baptiste Beaulieu – Qing Leng – À partir de 5 ans
Ce livre parle de ces petites douleurs que l’on tait trop souvent. Celles qui ne laissent ni bleus ni bosses mais qui s’incrustent comme des échardes dans l’âme. Celles que l’on enrobe de silence parce qu’on ne sait pas comment les dire, ou parce qu’on craint de ne pas être entendu. Ce sont ces regards insistants, ces gestes non consentis, ces silences encaissés. Ce sont toutes ces fois où l’on n’a pas osé dire non, parce qu’on ne savait pas qu’on en avait le droit.

Ça suffit les bisous de Pascal Bruckner Jean-Pierre Kerloc’h Mayana Itoïz À partir de 5 ans
Monsieur et madame Martin, les parents de Lara, répètent sans arrêt ces quatre mots : Lara est vraiment merveilleuse !Tellement merveilleuse qu’ils la couvrent de bisous à longueur de journée. La petite fille, en grandissant, se sent étouffée. Elle n’a rien contre les bisous mais là, c’est trop !

Petit doux n’a pas peur – Marie Wabbes – 0 à 6 ans
Petit doux et gros loup jouent souvent ensemble mais gros loup va quelquefois trop loin, Petit doux a peur !
Il profite parfois de sa taille pour faire des choses à Petit Doux même quand il dit non. Ce dernier a peur et n’ose pas protester. Petit Doux finira pourtant par dire à tous comment se comporte son « ami ». Ce livre aborde notamment la notion de personne de confiance. A lire avant de le lire à votre enfant car il peut être difficile à lire et faire un peu peur.

Les secrets – Catherine Dolto à partir de 4 ans
Mine de rien, les secrets sont précieux, il faut savoir à qui on les confie.
Quand on est petit on a des secrets. Certains sont tendres, d’autres trop lourds à porter. Quand ils pèsent trop, en parler à un adulte de confiance, ça peut aider.

Respecte mon corps de Catherine Dolto
Parfois des adultes ne respectent pas notre corps, certaines caresses sont interdites. Il ne faut pas les laisser faire et en parler aussitôt à une personne en qui on a confiance. Personne n’a le droit de nous toucher si nous ne le voulons pas. Mais les bons gros câlins bien tendres des grandes personnes qui nous aiment et nous respectent, ceux-là font toujours du bien.

Petit Pingouin n’aime pas toujours les câlins de Pauline Drouin, à partir de 2 ans.
Livre sur le consentement pour apprendre à dire non.

Les petits et les (trop) gros secrets, Mylen Vigneault et Maud Roegiers
Ce livre aborde les différents secrets que l’on peut avoir, parfois chouettes, parfois très lourds. Les secrets, c’est parfois très légers et très doux comme une fête surprise. Mais ils peuvent être aussi lourds ou douloureux à porter…Que faire de ces secrets face auxquels on se sent parfois très seuls ?
