Quelle femme rêverait de devenir la belle-mère de Blanche-Neige ? La réalité de la belle-mère a aujourd’hui encore la vie dure dans nos imaginaires. Pourtant elle peut se révéler une aventure passionnante. A l’occasion de la Fête des mères, nous avons rencontré Marine Wambre, psychopraticienne spécialisée en parentalité.
Que voyez-vous chez les belles-mères que vous accompagnez ?
Je rencontre des femmes qui ont très envie d’aimer les enfants de leur nouveau conjoint, qui ont envie de bien faire et qui sont déçues car la réciproque n’est pas là. Je vois aussi des femmes qui n’ont aucune envie d’avoir des enfants, et qui ont du mal à tisser ce lien, ou qui se sentent très seules voire exclues car elles arrivent alors que l’histoire est déjà écrite. Nombreuses sont celles aussi qui ont peur de ne pas être légitimes, surtout si elles-mêmes n’ont pas encore d’enfant. Et puis, paradoxalement, j’accompagne des femmes qui ont peur de trop s’attacher car leur couple n’est pas suffisamment sécure à leurs yeux.
En quoi est-ce particulièrement difficile ?
Etre présente sans faire d’ombre à la mère d’origine est très compliqué. La belle-mère peut être perçue comme une menace. D’un côté elle entend : « Tu n’as pas être là », et d’un autre côté, la mère naturelle lui fait des reproches, elle aurait dû par exemple aller à la sortir piscine de l’enfant. Elle est donc prise dans une dilemme : trop s’effacer pour respecter le lien avec la maman d’origine et donc être distante (avec le risque pour l’enfant d’avoir l’impression de ne pas être aimé) ou être trop là… Et puis, il est très difficile de trouver sa place dans un lien déjà installé, surtout si le papa a vécu longtemps seul. Il y a une dynamique bien rodée et la nouvelle femme de sa vie vient secouer ça. La belle-mère peut être alors perçue par l’enfant comme la personne qui l’éloigne de son parent. Enfin, si la belle-mère a des enfants elle-même, cela rajoute de la difficulté : il faut que les enfants prennent leur place dans la famille du nouveau conjoint !
C’est-à-dire ?
La loi n’oblige pas à garder le lien si le parent d’origine ne le souhaite pas. Donc on attend beaucoup d’elles, et en même temps, sans reconnaissance officielle, elles sont particulièrement précaires.
Que faire alors ?
Il n’y a pas de solution miracle, ça se saurait ! Mais je pense à une difficulté fréquente : les différences d’éducation. La mère et la belle-mère n’ayant pas les mêmes façons d’éduquer, de grosses tensions peuvent apparaître. Là, si le parent d’origine (le père) enlève au beau-parent (la belle-mère) sa crédibilité et ne la soutient pas comme figure d’autorité, ça ne peut pas marcher.
Peut-on parler d’avantages liés à ce statut ?
Mais oui, il y en a, et on a le droit de le dire ! Par exemple, une forme de complicité peut se créer entre l’adulte et l’enfant : la belle-mère a alors un rôle un peu différent. Elle devient une personne référente de confiance en dehors des parents, ce qui est très bon pour la construction de l’enfant. Plus l’enfant a de personnes qui l’aiment, plus il a de personnes à imiter – je parle d’influences saines bien sûr – plus cela est intéressant pour son estime de soi. Un autre avantage est lié à la réalité de la charge éducative qui est moindre : la belle-mère en est dispensée, ou plutôt elle est là en soutien, en support, en accompagnement. Et si elle-même n’est pas encore mère, le couple, quand l’enfant n’est pas là, peut retrouver une certaine intimité. Enfin, si tout se passe bien, il y a pour l’enfant la richesse d’avoir de nombreuses familles où il peut aller…
Avez-vous un bel exemple à raconter ?
Il y en a tellement ! Par exemple, je pense à ce couple qui s’est formé très jeune et s’est séparé. La femme a refait sa vie et a eu d’autres enfants, et l’un d’eux a eu comme parrain son ex-mari, et comme marraine sa nouvelle femme ! Ou bien celle-ci que j’aime beaucoup. Une belle-mère élevait son beau-fils depuis l’enfance. Le garçon était dans l’opposition avec elle, car elle lui mettait un cadre et des règles, alors que son père et sa mère ne le faisaient pas. Elle avait donc le rôle « pas sympa ». Elle tenait bon. Un jour, elle a surpris cette conversation de son beau-fils : « Ma mère, elle me laisse tout faire, elle m’achète même mes clopes alors que ma belle-mère, elle m’aime vraiment : elle me protège avec ses limites ». Il a continué à râler bien sûr, mais il avait tout compris !
Quel comportement faut-il éviter à tout prix ?
J’en citerais un seul : nourrir le conflit de fidélité, de loyauté de l’enfant. L’enfant est partagé entre deux figures d’attachement maternelles. Aussi, la belle-mère doit absolument éviter de critiquer la mère d’origine pour attirer l’amour de l’enfant. Cette attitude n’est jamais une bonne idée, ce n’est bon pour personne et cela bloque définitivement la relation.
Faut-il voir obligatoirement un psychologue ?
Aller voir un psy pour travailler sur le lien avec ses beaux-enfants, pourquoi pas ? Mais cela ne va pas servir à grand chose si on ne travaille pas aussi sur soi. Etre belle-mère reconnecte très fort ses blessures d’abandon, aux sentiments d’exclusion, de jalousie qui viennent réveiller des comportements de défense. Parfois, les personnes semblent aller bien mais la peur réveille en elles une grande animosité.
Si vous aviez un seul conseil à donner aux (futures) belles-mères, quel serait-il ?
Ne forcez rien, construisez lentement et restez vous même ! Ne vous oubliez pas : vous avez le droit d’être respecté, de prendre du temps pour vous ! Comme belle-mère, vous traversez aussi quelque chose de difficile, vous avez droit à l’écoute, à l’erreur… N’essayez pas de coller à l’image de la belle-mère parfaite, mais cherchez en vous-même qui vous voulez être. La réponse dépend de chacune. On n’est pas une mauvaise belle-mère car on ne ressent pas les bonnes émotions : on doit apprendre à naviguer entre ce qu’on a choisi (être en couple avec cet homme) et ce qui n’est pas choisi (il a des enfants). Il s’agit de faire de son mieux, d’écrire sa propre histoire, et toujours croire qu’une relation est possible qui est unique, qui a sa couleur…
Une couleur unique, c’est joli !
Oui ! Dans un couple recomposé, la belle-mère est souvent oubliée, alors que c’est une histoire à part entière qui se joue pour elle. Pour qu’elle prenne sa place dans ce voyage et en fasse quelque chose de positif, la belle-mère doit inventer son rôle, imaginer sa place, unique. Si les uns et les autres restent dans cette croyance : « la belle-mère, c’est l’ennemie de la maman » alors on ne s’en sort pas. Mais si la femme commence par éteindre ce bruit, qu’elle se recentre sur qui elle est, sur qui est l’enfant, sur les besoins de l’un et de l’autre, et sur le lien à tisser, alors quelque chose de plus pur, de plus vrai peut jaillir pour construire une relation sécure.
Peut-on dire pour conclure que devenir une belle mère est une aventure exaltante ?
Evidemment ! C’est un défi exaltant, un chemin puissant, souvent inconfortable qui permet de grandir et de créer des formes d’amour insoupçonnées… comme d’ailleurs la parentalité en général. Cela prend du temps , cela demande de se donner du mal, avec parfois le besoin d’être soutenu dans cette parentalité. Mais tant qu’on a un cerveau et une volonté, on peut trouver des moyens de tirer de la richesse de toute réalité difficile y compris celle-là.
Axelle Trillard
Marine Wambre est psychopraticienne, spécialisée en parentalité et charge émotionnelle. Elle aide les femmes à sortir de schémas relationnels douloureux et à retrouver plus de sérénité au quotidien. marine-wambre.fr

