Pour certaines familles, le quotidien peut être très souvent en solo parental car le conjoint est en déplacement, a de gros horaires de travail, des horaires en décalé… Sur le papier on est à deux mais dans la réalité une seule personne doit tout gérer et cela peut être lourd… très lourd. Tout cela peut générer à la fois une surcharge mentale mais aussi beaucoup de frustration, de colère. Militaires, journalistes, marins, comédiens, intermittents du spectacles, monde de la santé, de l’urgence, grande distribution, restauration… Nombreux sont les parents qui ont à apprendre à jongler avec des absences très récurrentes. Nous avons demandé à quatre parents de nous raconter comment ils vivent cela et ce qu’ils ont mis en place pour faire face à cette réalité. Pour notre article, nous avons reçu des témoignages de mères mais les pères peuvent évidemment être confrontés à la même situation.
Des difficultés communes mais également propres à chacune
La réalité de l’absence confronte chacun à sa solitude devant la gestion familiale, cependant chacun ressent cela à sa manière. Se retrouver seul c’est d’abord devoir assurer seul la logistique du quotidien, les approvisionnements, l’éducation des enfants, l’entretien de la maison, les conduites…C’est aussi ne pas avoir de relai quand cela ne va pas, de ne pas savoir quand on pourra souffler réellement. La fatigue nerveuse et psychologique est difficile à gérer. Être seul à prendre des décisions sans avoir le soutien moral du conjoint, ni même la possibilité de se décharger nerveusement de la responsabilité sur quelqu’un d’autre peut s’avérer rude. C’est devoir s’adapter sans trop broncher aux changements intempestifs d’emploi du temps de son conjoint avec une difficulté à pouvoir anticiper quoi que ce soit de l’agenda familial. C’est également la peur d’être malade et de ne plus rien pouvoir gérer. Difficile aussi de ne pas correspondre à l’image souhaitée par la société concernant le partage des tâches mais aussi le rythme de vie. Quelle frustration de voir son conjoint si peu participer aux tâches du quotidien ou de ne pas avoir de week-end avec la famille au complet ! L’imprévu et la fatigue s’invitent trop souvent…
Chacun apprend à répondre à sa manière et en couple aux défis à relever. Voici ce qu’en pensent nos quatre mamans interrogées.
Le point de vue de Juliette : une situation difficile mais une autonomie intéressante aussi !
Pour Juliette dont le mari est dans la marine marchande, si la logistique peut être lourde, avec un peu d’anticipation elle y parvient. En couple, ils ont choisi qu’elle arrête de travailler. Selon elle, les absences ont aussi leurs avantages : on mange ce que l’on veut, on s’organise à sa convenance et il y a moins besoin de faire attention aux desideratas du conjoint quand il n’est pas là. Quand son mari est là, il reprend sa place en participant aux tâches du quotidien, en passant du temps avec les enfants, en participant pleinement à la vie familiale.
« Le plus dur a été quand les enfants étaient petits« , dit-elle. Difficile aussi d’avoir un rythme différent des autres familles autour d’elle. Un dîner de couple une fois par mois, lui permet de faire le point avec son conjoint, de communiquer sur les éventuelles difficultés et d’avancer. Grâce au sport, elle parvient à se ressourcer. Sa participation à des groupes de partage d’expérience de parents lui permet de se sentir soutenue et de pouvoir avancer particulièrement dans ses choix éducatifs. Cependant « cette situation n’est pas facile. Le ressenti s’accumule envers l’autre« .
Le point de vue de Meryem : se concentrer sur l’essentiel
Chez Meryem, dont le conjoint a des horaires importants, décalés et en perpétuels changements, s’il n’est pas là lors des prises de décisions, tant pis. C’est celui (ou celle) qui fait qui a raison. Certaines tâches demeurent l’apanage de son conjoint : entretien de la voiture, gestion des poubelles (les enfants prennent le relai quand il est absent), gestion et anticipation financière de la famille, lecture du soir… Meryem tient à cultiver son incompétence dans certains domaines pour ne pas prendre toute la place. Elle fait exprès de s’éclipser régulièrement pour que son conjoint puisse passer aussi du temps seul avec les enfants, la logistique.
« J’ai dû renoncer à la manière dont je pensais vivre ma vie familiale avec des week-ends, plus de temps ensemble ainsi qu’ à planifier des rencontres avec les amis. On fait au mieux » dit-elle. Difficile aussi pour elle, devant la charge de travail, de pouvoir garder du temps de plaisir. C’est un vrai challenge quand il faut gérer la quasi totalité des aspects de la vie familiale seule. « Faute de pouvoir anticiper quoi que ce soit, j’essaie de m’emparer des occasions qui se présentent pour cultiver la joie familiale » ajoute-t-elle. Au quotidien, c’est en apprenant petit à petit à s’organiser, à simplifier qu’elle a pu retrouver du temps pour faire choses agréables et ne pas avoir le sentiment d’être tout le temps noyée par les choses à faire.
La lecture, la marche, son travail (qu’elle adore), le dessin et les moments entre amies sont de véritables respirations. Elle essaie de cultiver la bienveillance envers elle-même, notamment en se remerciant chaque jour de ce qu’elle a pu faire sans s’appesantir sur ce qui n’a pas avancé. A chaque jour suffit sa peine.
Bravo d’avoir assuré aujourd’hui, va dormir, tu peux te reposer, c’est bien assez pour aujourd’hui, demain est un autre jour…Ces petits auto-compliments, auto-récompenses font un bien fou. Ce n’est pas parce que personne n’est là pour nous les dire qu’on ne peut pas se les donner soi-même !
Meryem
Son équilibre repose essentiellement sur le dialogue avec son conjoint pour, au fil des jours, trouver les ajustements et vivre cela au mieux. Un temps de couple d’une heure au moins une fois par semaine leur permet de prendre soin du lien et d’avancer mais aussi saisir chaque occasion qui se présente pour en faire un moment fort car on ne sait jamais quand sera la prochaine. Et pour conclure elle ajoute : « L’avantage c’est qu’il n’y a pas de risque d’être lassé par une vie routinière et on se concentre sur l’essentiel ».
Le point de vue de Laura : un équilibre précaire auquel il faut prendre garde
Pour Laura dont la mari est dans le domaine de la santé, le travail extrêmement prenant de son mari a été un long chemin d’acceptation et le reste encore. « Je suis une grande organisatrice qui aime la planification, j’ai dû renoncer à cette facette de moi non sans difficultés ! J’ai dû apprendre à vivre au jour le jour. » Elle reconnaît cependant que grâce à cela elle a découvert tous les sujets éducatifs qui la passionnent aujourd’hui et trouve grisant d’être à l’initiative de changements positifs dans la dynamique familiale. L’équilibre trouvé avec son conjoint permet à la famille de vivre confortablement sans se préoccuper des questions financières ce qui est un vrai soulagement. Lorsque son mari est présent, c’est une vraie joie pour toute la famille. Sa présence lui permet de répondre à l’énergie et à la curiosité de ses deux petits garçons, de les accompagner dans leurs aventures sportives. Raphaëlle a un mantra pour que tout roule :
Quand Maman va, tout va. Si je suis fatiguée, je ne peux pas me mettre au service des autres. Je fais donc très attention à ne pas me mettre dans le rouge, notre équilibre est précaire et nous devons y prendre garde. Je fais de moi ma priorité. «
Laura
Elle a appris à prendre du temps pour elle, à mettre en place de bonnes habitudes, des temps de pause, à cultiver la joie, à savoir ralentir pour ne pas s’oublier en chemin.
Le point de vue de Corentine : bien se connaître pour s’organiser à sa convenance
Pour Corentine, femme de militaire, tant que les enfants étaient petits, elle a dû s’arrêter de travailler hors de chez elle. Maintenant qu’ils sont tous à l’école ou en garderie, elle a repris une activité salariée. Ces absences de longue durée ont quelques avantages : » C’est confortable, on fait à notre sauce, à notre rythme, j’organise la vie familiale comme bon me semble sans avoir à tenir compte d’éventuels desideratas ou désaccords de mon mari , un petit rythme tranquille ! » Quand il revient, l’adaptation du retour nécessite de beaucoup parler entre conjoints, de bien identifier les zones dévolues à chacun, les compétences de chacun pour ne pas avoir à tout réorganiser à chaque fois. Quand il est là, c’est lui qui s’occupe intégralement du dîner du samedi soir et il y a aussi des choses que l’on ne fait que quand papa est là ! C’est aussi lui qui s’occupe du jardin, fait les réparations dans la maison. Elle ne le fait pas en son absence et tant pis si c’est la jungle ou qu’il manque une ampoule…
C’est en apprenant à bien se connaître, à identifier ses forces et ses faiblesses, ses envies et ses besoins que Corentine a pu mieux s’organiser. « Lors de l’hospitalisation d’un de mes enfants, j’ai été bien obligée d’avoir recours à une aide-ménagère mais j’ai ressenti beaucoup de pression à avoir quelqu’un dans ma maison. Je préfère me débrouiller sans même si tout n’est pas parfait, j’aime gérer les choses à ma manière, mais je sais que pour d’autre c’est une grande aide « . Elle a mis en place un calendrier des échéances de la famille pour rendre visible les projets familiaux et pouvoir s’en réjouir et ainsi favoriser le fait d’en faire des moments plaisants. Elle essaie au maximum de transformer les contraintes en moments sympathiques voire magiques ! « Repassage, ok, mais jamais sans un bon film à regarder ! Un dimanche sans papa ? Il y a quand même une belle table, un bon repas et une belle journée en famille qui se termine autour d’un dîner-goûter et un bon film ! »
Pour se ressourcer, elle s’octroie systématiquement vingt minutes de lecture chaque matin. Les engagements dans plusieurs associations sont aussi une vraie source de renouvellement de son énergie.
Quelles astuces pour faire seul(e) face à la densité de la vie familiale ?
Voici les quelques astuces livrées par nos quatre mamans :
- Prendre le temps de bien se connaître : ses limites, ses besoins, ses envies, d’identifier ses forces et ses faiblesses pour pouvoir prendre les meilleurs décisions pour soi-même. Pour certaines, avoir une personne pour le ménage est une bénédiction, pour d’autres c’est insupportable d’avoir quelqu’un de plus à gérer dans la maison. Pour certaines manger des plats surgelés est impensable tandis que cela en sauvera d’autres…
- Se lever 1h avant les enfants pour prendre du temps pour soi, sans contrainte, sans recherche d’efficacité, un temps pour se ressourcer : lecture, petit-déjeuner pris tranquillement en écoutant la radio, exercice physique, marche, méditation, danse… pour être bien disposé pour le reste de la journée.
- Profiter des temps calmes (enfants à l’école, à la garderie…) pour aller au sport, voir des amis, faire des courses, s’occuper des tâches administratives.
- Préparer à l’avance les repas pour libérer du temps dans la semaine.
- Accepter de voir sa maison sens dessus dessous en ce disant que si ce bazar existe c’est qu’on a la chance d’avoir des enfants !
- Se former (ateliers Faber et Mazlish, ateliers Gordon…) pour dépenser moins d’énergie à crier, rendre les rituels des enfants moins chronophages et plus efficaces.
- Anticiper tout ce qui peut l’être.
- Mettre en mode automatique l’organisation de la maison en simplifiant au maximum : menus, lessives, courses à des dates précises, en drive pour ne plus avoir à y penser. Aller à l’essentiel ! On n’est pas obligé de faire ses yaourts maison ni d’avoir toujours une maison impeccable !
- Avancer pas à pas, faire les choses au fur et à mesure pour ne pas se laisser déborder.
- Prioriser les tâches importantes et celles qui peuvent attendre en qualifiant chaque tâche : urgent/pas urgent, important/pas important
- Avoir le numéro de copines fiables et à l’écoute qui seront toujours présentes et qui connaissent nos difficultés.
- Partager les tâches du quotidien avec les enfants.
- Ne pas hésiter à rendre festif tout ce qui peut l’être : le dimanche glauque sans conjoint devient un merveilleux apéro, une belle table avec un délicieux dessert, un goûter-dîner, une belle balade en famille, un film ensemble…On s’auto-met des paillettes dans nos vies (pas besoin de Kevin).
- Prendre le temps de communiquer avec son conjoint (au besoin se former pour mieux communiquer) en faisant des points réguliers
Faire face quasiment seul(e) à la vie de famille, ce n’est pas simple. Prendre le temps de faire le point en couple sur ce qui nous convient, ce qui ne nous convient pas, sur nos capacités, nos limites mais aussi sur tout ce qui est susceptible de pouvoir nous aider dans cette lourde tâche est donc essentiel pour tenir ! Ainsi, on peut parvenir à tirer parti de ces équilibres étranges. Par le dialogue, par le temps pris pour bien se connaître, on peut apprendre à moins subir la situation voire à choisir de vivre les choses autrement, joyeusement, à devenir acteur de cette vie si singulière !
Et vous qui traversez les mêmes défis sur quoi vous appuyez-vous pour avancer ? Quelles sont vos ressources ? Ecrivez-nous pour nous raconter !
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