De même que le parent parfait n’existe pas, le moment de complicité ou temps de qualité parfait avec son enfant n’existe pas non plus ! Nous vous proposons neuf idées simples pour partager de vrais moments avec votre enfant, en tenant compte de votre énergie et de votre agenda !
Il est 18 h 46. Vous rentrez, trois sacs de courses à chaque main, le petit dernier que vous tenez par le petit doigt faute de mieux, un mal de tête persistant, et voilà que vos enfants vous réclament un jeu. Dans votre tête, la voix du parent parfait vous souffle que les « vrais » parents, eux, sortent la pâte à modeler, font des activités manuelles zéro déchet, vont justement faire une balade en forêt pour cueillir des champignons tout en cuisinant un gâteau sans sucre mais avec amour, parfaitement instagrammable.
Respirez.
Cette voix ment.
Le « temps de qualité », ce faux ami
On nous a vendu l’idée qu’un moment de qualité avec son enfant n’était valable que s’il était organisé, photogénique, éducatif… Bilan : on se met la pression, on se sent nul(le) et on finit par regarder Pinterest jusqu’à 23 h en quête de cette activité formidable que l’on pourrait faire avec notre enfant. D’ailleurs, cette pâte à sel en forme de système solaire nous fait déjà de l’œil.
Or, ce dont votre enfant a besoin, c’est de VOUS. Pas d’une version augmentée de vous avec un BAFA. Juste vous, avec vos manies, vos goûts, votre façon de raconter les histoires, votre rire un peu bizarre, vos mimiques, vos lubies…
Nous vous proposons donc quelques idées, toutes testées et approuvées par des parents fatigués à l’emploi du temps surchargé. Aucune ne demande de matériel, de préparation ni de récupération ensuite pour recharger les batteries complètement à plat du parent qui a tout donné.
Emmener votre enfant dans votre « truc »
Vous aimez jardiner, bricoler, regarder de vieux films, jouer au foot, cuisiner le dimanche ? Pas besoin d’inventer une nouvelle activité « pour enfant » ! Proposez-lui simplement de vous rejoindre. Un enfant qui trie les vis à vos côtés, qui pétrit la pâte, qui démêle les fils ne fait pas juste une activité : il partage ce moment avec vous, et c’est infiniment plus précieux. Comme c’est un moment que vous aimez, vous partagez sans vous en rendre compte votre enthousiasme, même s’il concerne la variété de tomates que vous planterez l’été prochain ! Et en plus, vous passez un bon moment (puisque c’est ce que vous aimez faire !).
Les « dix minutes de présence » : téléphone au fond du sac
Dix minutes de présence en disponibilité totale valent mieux qu’un après-midi passé à moitié là, un œil sur les notifications de votre téléphone. Choisissez un moment dans votre journée (en rentrant, juste avant le dîner, juste après le déjeuner… à vous de voir quel est le meilleur moment), rangez votre téléphone (oui, on le range vraiment !) et laissez votre enfant choisir ce que vous allez faire pendant ces dix minutes. Même si c’est faire rouler une petite voiture, même si c’est jouer le rôle de la Barbie sirène ou du méchant chien pour la dixième fois. Dix minutes, pas une de plus : on met un minuteur si vous pensez en avoir besoin, et on offre une disponibilité ENTIÈRE. Les enfants sentent la différence en un quart de seconde.
Profiter des « corvées » pour en faire un moment à deux
Ranger les courses, éplucher les légumes, préparer le repas, arroser les plantes, plier le linge, faire la foire à la chaussette (vous savez, ce moment où l’on tente de retrouver les chaussettes orphelines) : ces tâches n’ont l’air de rien et pourtant elles fabriquent des souvenirs. Vous devez les faire de toute façon, alors autant les faire ensemble (et en plus, votre enfant apprend à les faire, développe ses fonctions exécutives, avec à la clé des tas de compétences utiles en classe : méga bonus !). On papote en le faisant, on chante faux (ou la chanson préférée du moment). On gagne du temps, de la complicité, et votre enfant apprend qu’être ensemble n’a pas besoin d’un événement pour compter.
Dans ma famille, le moment de la vaisselle, c’est le top du top. C’est un privilège de faire la vaisselle ensemble, car c’est le moment où l’on discute tout en rigolant. Tous les enfants tiennent à être présents à ce moment-là. C’est the place to be !
Céline, maman de 3 enfants
Les trajets en voiture
Vous la connaissez, cette journée du mercredi ou du samedi où vous faites le taxi toute la journée pour accompagner chacun à son activité. Eh bien, c’est un cadeau déguisé ! Si, si ! Votre enfant est assis, vous êtes assis, rien d’autre à faire. Personne ne regarde l’autre dans les yeux (et contre toute attente, cela délie les langues) et la musique est à votre disposition. On peut ne rien se dire, se mettre juste à l’écoute, mais on peut aussi faire des jeux, un blind test musical, inventer des histoires, chanter de manière totalement décomplexée. C’est souvent dans la voiture, entre deux feux rouges, que l’on apprend le plus de choses sur son enfant.
Ne rien faire, mais ensemble
C’est la plus radicale de nos propositions. Affalez-vous dans le canapé ou allongez-vous sur le tapis à côté de votre enfant (idéal quand on rentre d’une grosse journée horrible). Regardez le plafond, les nuages par la fenêtre. Écoutez ce qu’il a à dire, ou ne dites rien du tout. Ça peut faire peur, tout ce vide, ce rien, et pourtant les enfants adorent qu’on soit simplement là, sans but ni programme… Ces moments de calme, de « rien », sont souvent ceux où surgissent les confidences les plus inattendues…
Raconter votre enfance, avec les détails qui piquent un peu
On sort le vieil album photo, ou on puise simplement dans sa mémoire, et on raconte. On raconte la fois où vous avez fait une énorme bêtise, où vous avez perdu votre doudou sur la plage, votre pire jour d’école, votre plus gros fou rire, ce jour où vous vous êtes retrouvé(e) coincé(e) dans une chambre en voulant grimper dans l’armoire, la fois où votre meilleur ami de l’époque et vous vous êtes déguisés, et où le déguisement était complètement dingue. Les enfants sont fascinés de découvrir que leurs parents ont été, eux aussi, des enfants, avec leurs peurs, leurs émerveillements, leurs expériences. Pas besoin d’en faire une leçon de vie : une simple anecdote suffit à créer du lien.
Danser dans la cuisine (même si on est parfaitement ridicule et que nos talents de danse sont discutables)
Mettez votre steak à cuire, les frites dans le four, puis chantez ou lancez une chanson que vous aimez, montez un peu le son, et bougez. Voilà. C’est tout. Pas besoin de chorégraphie. Vos enfants vont sans doute être hilares, et encore plus si ça ne ressemble à rien. Si vous avez l’impression d’être ridicule, c’est que c’est bon ! Le ridicule assumé est l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse faire à son enfant : on a le droit de s’amuser sans être « bon ».
Apprendre quelque chose de nouveau ensemble
Essayez d’apprendre une chose que ni l’un ni l’autre ne maîtrise : un tutoriel de dessin, une pliure d’origami, une recette, des mots de japonais, la construction d’une cabane un peu ambitieuse… Voir son parent tâtonner, se tromper, rire de ses erreurs, recommencer est bien plus percutant pour un enfant qu’un long discours sur la persévérance.
Les petits mots et les rituels minuscules
Un dessin glissé dans le cartable, un petit mot sur l’ardoise de la cuisine, un signe secret à la sortie de l’école, une phrase que vous êtes les seuls à comprendre, un juron qui n’appartient qu’à votre famille… Cela prend trente secondes et cela dit « je pense à toi, même quand on n’est pas ensemble ». Pareil le soir avec les « micro-rituels » : toujours la même blague nulle, la même chanson, le même petit mot pour se dire bonne nuit. Les enfants adorent la répétition, et on peut bien rentabiliser l’humour douteux…
Et si on arrêtait de se comparer ?
À chaque famille ses rituels, son humour douteux, ses activités familières. La complicité ne se mesure pas au nombre d’activités, ni à la beauté du gâteau d’anniversaire. Elle se construit chaque jour à travers les petits riens. Ceux qui n’ont rien d’exceptionnel mais qui, mis bout à bout, constituent l’essentiel.
Alors ce soir, ne cherchez pas l’idée parfaite. Choisissez ce que vous aimez, ce qui vous ressemble, et invitez votre enfant à vous rejoindre. Vous êtes déjà exactement le parent dont il a besoin.

