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Prendre sa place, faire confiance et coopérer

Pendant le confinement nous avons été à la fois parents, enseignants et avons exercé notre profession pour ceux qui télé-travaillaient. Trois missions dans le même lieu, Trois missions dont deux sont déjà connues comme étant impossibles : Eduquer et Enseigner, pour la troisième, nous vous laissons juges. Pour ne pas craquer – ou a minima craquer moins fréquemment- , il a fallu lâcher-prise, déléguer quand on le pouvait à ses enfants, son conjoint, répartir différemment les rôles. Et cela ne s’est pas révélé si facile au quotidien.

A travers cette expérience, c’est la place de chacun dans la famille qui a pu être remodelée. C’est également la confiance donnée à chacun des membres pour pouvoir faire face à cet inédit, la latitude laissée car il était impossible de tout contrôler. Enfin, de nouvelles capacités, de nouvelles qualités se révélant à la faveur du confinement, c’est aussi une nouvelle manière de coopérer en famille qui a pu parfois trouver matière à s’exercer.

Parent, enseignant, professionnel : trois missions impossibles à mener de front en même temps.

Prendre sa place

A nouvelle occupation du lieu de vie familial, nouvelle répartition de chacun dans cet espace. Ainsi, au fil des missions de la journée, chacun a évolué dans cet espace désormais encore plus multifonction que d’ordinaire pour pouvoir accueillir les moments de travail, de détente, de repas, de sport, de sommeil…Nous avons été obligés de prendre plus conscience de nos corps, de nos mouvements, de nous-mêmes, des autres et des relations avec notre seul environnement autorisé : chez nous, au milieu de notre famille.

Plus globalement, ce confinement imposé pour la santé de tous a remis en avant notre responsabilité. Une responsabilité qui s’est imposée à nous, que nous le voulions ou non, un engagement contraint en faveur des autres et de nous-mêmes. La société, en rendant extrêmement visible et tangible l’engagement de chacun dans cette lutte contre le virus, a laissé infuser jusque dans nos familles ce fameux « sens des responsabilités ». Chacun s’est senti plus responsable : prendre soin de l’autre, faire attention à l’autre que ce soit vis à vis du virus, des tâches ordinaires ou l’éducation des enfants. Tous ces soins sont devenus plus importants, ne serait-ce que par le temps que l’on y a consacré par rapport à notre mode de vie ordinaire. Nous avons été obligés de faire plus attention à la place d’autrui mais aussi notre propre place au milieu des autres membres de notre famille. On peut penser que seuls les parents ont vu leur place, leur rôle évoluer mais ils ne sont pas les seuls. Les enfants aussi ! Profitant de l’espace laissé libre par leurs parents accaparés par leurs missions impossibles, ils ont pu négocier des rôles différents, explorer des capacités nouvelles comme celle de faire la cuisine par exemple ou de trouver des occupations sans que quelqu’un ne les organise pour eux.

Apprendre à compter sur chacun des membres de la famille, s’entraider…

Faire confiance

Chacun ayant désormais un rôle, une place un peu différente de celle occupée habituellement : une maman « maman » mais aussi « enseignante » et aussi « salariée » par exemple (ça fonctionne tout aussi bien en remplaçant « maman », par « papa »), le tout dans le même endroit, il a fallu faire confiance à chacun pour occuper ce nouveau rôle. Ainsi, des enfants, qui n’avaient jusque là pas eu le droit d’aller cuisiner, ont vu cette possibilité offerte grâce au confinement. Des papas qui ne s’occupaient jamais des devoirs se sont révélés des répétiteurs hors-pair ! Comme nous n’avions pas le choix de faire autrement, nous avons fait confiance à chacun, de manière très prudente d’abord puis, par la force des choses de plus en plus. Amusons-nous à regarder ce que savaient faire nos enfants avant le confinement et les capacités qu’ils ont développées depuis ! Il y a de quoi être assez étonné : autonomie dans les tâches du quotidien, prise de conscience des choses à faire, anticipation des besoins des uns et des autres, meilleur respect de l’autre, organisation de temps familiaux (au lieu d’attendre que les parents s’en chargent…), plus grande empathie….La liste est longue ! Ainsi, même si le confinement nous a un peu forcé la main, cette nouvelle latitude a pu être bénéfique pour chacun.

Nous ne sommes pas toujours conscients de nos ressources, de nos forces, de nos qualités et souvent, encore moins en ce qui concerne nos enfants ! Ce confinement, particulièrement quand tout le monde était très occupé, a donné du champ à nos enfants pour expérimenter leurs stratégies, leurs ressources, tâtonner, explorer, essayer et finalement trouver ce qui leur convenait. Avec ce déconfinement enclenché, nous commençons à en voir les fruits. Nos enfants ont grandi, ont accumulé des expériences à travers cette épreuve inédite du confinement. Certes, cette situation a généré du stress, beaucoup de stress, mais on a aussi pu aider notre enfant, rien qu’en étant présent, à trouver ses ressources et à se sentir capable.

Apprendre à faire équipe pour être plus forts, plus persévérants ensemble

Coopérer

Face à ces changements d’emploi du temps, de perceptions des uns et des autres et ce lâcher-prise un peu forcé, nous avons pu décider de répartir autrement les choses à faire dans la maison. Certains enfants qui ne cuisinaient jamais nous préparent désormais chaque jour le goûter ou bien ont pris l’habitude de ranger plus régulièrement. L’un participe à la préparation des repas, l’autre à leur rangement. Ils apportent ainsi leur pierre à l’édifice et de ce fait, ils apprennent que l’on compte sur eux – et ça c’est bon, extrêmement bon pour la confiance en soi !- . Les enfants mais aussi parfois les adultes ont appris à prendre leur part différemment, à coopérer, à communiquer, à déléguer, à faire partie d’une équipe, de cette équipage qui doit mener le bateau à bon port. Chacun s’est aussi rendu compte de la multitude de petites et grandes choses à faire pour qu’une famille tourne et cela a du bon ! L’invisible est devenu visible, parfois avec des grincements de dents mais chaque crise est l’occasion de grandir, de s’améliorer ! De nombreuses familles ont dû revoir leur organisation, leurs priorités, fixer de nouvelles routines et donc une nouvelle place de chacun à l’intérieur de cette organisation. Sans la coopération de chacun, impossible d’aller bien loin !

Construire ensemble

Ce confinement a été pour de nombreuses familles, un moment pour « construire ensemble », en se faisant confiance. A la clé, le développement de l’autonomie, de la responsabilité, de la prise d’initiatives des enfants. Comment ? En cuisinant, réaménageant le salon, bricolant, nettoyant, rangeant, classant, plantant, triant, comptant, mesurant….Dans ces situations d’apprentissages réelles (et non pas dans un livre de maths ou de physique) , chacun a pu voir la portée de ses actes, leurs conséquences, leur impact sur les autres, et ce de manière très rapide et concrète !

Dis-moi et j’oublierai, montre-moi et je me souviendrai, implique-moi et je comprendrai »

Confucius

L’enfant a eu l’occasion de se demander : comment faire ? Et pas seulement pour faire plaisir à la maîtresse ou à ses parents ! Comment réussir et pourquoi je me trompe ? Il a pu réfléchir, tester, essayer de nouvelles pistes. Parfois cela a fonctionné, parfois pas : peu importe, c’est toujours un apprentissage pour la vie !

Nous pouvons aujourd’hui amplifier cette nouvelle coopération en apprenant à mieux communiquer sur nos besoins respectifs, à faire des demandes claires, à parler au « je » : « j’ai besoin d’aide » et si nous ne sommes pas entendus, échangeons le soir, racontons-nous le moment où nous avons eu besoin de cette aide et nous ne nous sommes pas sentis entendus, toujours en passant par le « je ». Le Réseau des Parents vous propose d’ailleurs régulièrement des ateliers, des formations pour mieux communiquer en famille.

Enfin, pour garantir la place et le respect de chacun dans la famille, pour que la coopération soit plus fluide, on a vu de nombreuses chartes circuler sur les réseaux. Petit florilège des règles mises en place pour favoriser la coopération en famille :

  • Organiser les horaires de la famille : télétravail, télé-études harmonisées pour tous
  • On ne dérange pas ceux qui travaillent
  • Se prévoir des pauses ensembles de 5-10 minutes le matin et l’après-midi
  • Penser à la gym (ou la danse) pour se détendre
  • Partager et s’engager pour les tâches ménagères : Le dernier range le petit-dejeuner, le lit doit être fait avant 9h, tours de vaisselle, lessive etc… tours de préparation des repas, tours de courses,
  • On range chaque jour sa chambre pendant 10 minutes
  • Chaque enfant a droit à une demande farfelue par jour
  • temps d’écran limité et/ou organisé au fil de la semaine
  • Commencer par énoncer son problème calmement avant de pleurer ou râler
  • S’autoriser une mauvaise humeur par semaine et le devoir de s’excuser après
  • Ne pas juger et se soutenir
  • Etre inventif et respectueux
  • Ne pas oublier d’être affectueux les uns avec les autres
  • Blaguer
  • Organiser des temps festifs (apéros, jeux de société, ribouldingue…)
  • Prendre sur soi de temps en temps
  • Accepter de faire des compromis
  • Ne pas oublier d’être affectueux-même à distance sous le même toit et dans sa communauté et aussi de loin pour ceux avec qui je ne vis pas,
  • Savoir rire…
Meilleurs Citations du travail : Une affiche pour encourag… | Flickr

Durant ce confinement, chaque famille a choisi ses règles, ses routines, ses « craquages », son mode de coopération, sa manière de faire confiance à chacun et vous quels ont été les vôtres ?

Racontez-le nous en nous écrivant .

Bon déconfinement à tous !

Par Gabrielle Sebire, enseignante et fondatrice de Happy HP Family