Si l’on en croit l’Insee, un peu plus de 10% des familles en France sont recomposées, ce qui correspond à 1,5 million d’enfants qui n’ont qu’un désir : retrouver une vie familiale stable et paisible. Nous avons demandé à Béatrice Copper-Royer, psychologue et auteure du livre « Et la famille recomposée ? Pas facile mais possible » (Ed. Solar) de nous donner son éclairage sur cette réalité.
« La famille recomposée, c’est possible mais ce n’est pas facile » prévient la psychologue. « Dans une famille dite ordinaire, il y a souvent des conflits, une autorité difficile à installer, des limites que les ados font voler en éclat … alors dans une famille recomposée, c’est forcément plus difficile ! Surtout que les enfants arrivent avec un bagage de tristesse, une histoire de séparation qui leur est imposée et pas forcément digérée… » Pourtant, Béatrice Copper-Royer constate que, pour les parents osant l’aventure de la famille recomposée et faisant tout pour que ça marche, le succès est là. « Oui, il est possible de fonder une nouvelle famille, mais il faut s’y préparer et ne pas être angélique » conclut-elle. Alors on fait comment ?
1 : DONNER UNE LÉGITIMITÉ AU NOUVEAU CONJOINT
Après le divorce et avant la remise en couple, le père ou la mère a peut-être eu des partenaires amoureux sans lendemain. Mais quand la relation est sérieuse, il est important de prévenir l’enfant que cette relation est stable et appelé à durer. Ce qui intéresse l’enfant, c’est une personne qui va partager du temps avec lui, et avec son parent. Lui donner une légitimité est donc indispensable, et cela ne s’improvise pas. Bon à savoir : parfois, l’ex-conjoint voit d’un mauvais œil cette recomposition, décrédibilise le nouvel amoureux de maman (ou la nouvelle amoureuse de papa). En complexifiant la situation, il peut être responsable d’un nouvel échec.

2 : FAIRE DU TEMPS UN ALLIÉ
Il est important après une séparation de prendre son temps et ne pas vouloir aller trop vite. Ce qui veut dire qu’il faut tenir compte de la méfiance ou de la défiance bien normales des enfants. Prendre son temps, c’est aussi pour le parent, ne pas imposer aux enfants d’avoir une relation affective forte avec le nouvel adulte. Une relation, ça se construit dans le temps. Dans les séparations et la recomposition familiale, on demande aux enfants de s’adapter à des situations non choisies, ce n’est pas facile pour eux. Il leur faut du temps… Aujourd’hui, on vit dans l’instantané, mais en réalité, un lien ne se construit jamais à toute allure !
3 : INSTAURER UN CLIMAT SEREIN ET PAISIBLE
Un climat serein dans la famille recomposée dépend, entre autres, de la communication des parents d’origine entre eux. Malgré la séparation, le couple parental demeure, il continue d’élever ses enfants ensemble. Par exemple, concernant les décisions de santé, d’école, il y a obligation de concertation, et plus l’ex-couple communique correctement, mieux ça se passe. Ce n’est pas toujours facile, car certains parents s’accordent mal, sur les limites à poser par exemple… mais le dialogue est la clef essentielle. Les enfants se remettent mieux de la séparation quand ce n’est pas la guerre éternelle. Si c’est le conflit permanent, c’est l’enfer, les petits ne savent plus où donner de la tête, les ados prennent fait et cause pour l’un ou l’autre parent, c’est une catastrophe. Travailler l’apaisement est un effort, mais c’est un effort qui paie. J’ajoute qu’avec les résidences alternées, les pères sont plus impliqués dans leur fonction parentale, mais cette résidence alternée ne fonctionne que si les parents sont capables de communiquer entre eux.

4 : ÉTABLIR DES RÈGLES DE VIE QUOTIDIENNE CLAIRES
Quand on vit sous le même toit, faire une règle pour que la vie en communauté soit possible est conseillé. Bien sûr, il y a les grands terrains réservés – santé et école – pour le couple parental d’origine… mais pour la vie en collectivité, comme par exemple vider le lave-vaisselle, ranger la chambre, il y a des règles familiales à établir. Et quand le nouveau conjoint demande que celles-ci soient respectées, ce n’est pas un abus d’autorité de sa part. Souvent les enfants disent : « Il ou elle n’a rien à ma dire, ce n’est pas mon père, ce n’est pas ma mère ! » Mais il ne s’agit pas de cela, il s’agit simplement de créer les conditions pour une vie commune harmonieuse. Le parent d’origine doit cependant bien veiller à ce que son nouveau conjoint ne fasse pas d’abus d’autorité, tout en le soutenant – toujours – auprès des enfants.
5 : SE RESPECTER D’ABORD, S’AIMER ENSUITE
L’amour d’un beau-parent pour ses beaux-enfants n’a rien d’évident. Dans une famille recomposée, s’il y a obligation de respect, il y n’a pas d’obligation d’amour. Respecter les règles de politesse, dire « merci, bonjour, s’il te plaît », se parler correctement… reste la base, et le lien affectif se construira en même temps, petit à petit – ou pas. Il est essentiel de laisser à l’enfant le droit d’aimer, ou pas, ce nouvel adulte qui rentre dans sa vie, en étant toujours vigilant sur le respect. Certains beaux-parents disent : « je préfère mes enfants, est-ce grave ? » Non, ce n’est pas grave, mais le tout c’est d’être juste. Si le climat est injuste en donnant, par exemple, toujours raison dans les disputes à ses propres enfants ou en ne supportant pas les remarques de ses beaux-enfants, ce sera mal vécu. Mais si le climat est juste, les enfants ne sentiront pas la différence d’amour, ou plutôt n’en souffriront pas. Ce qui perturbe infiniment les enfants, c’est de percevoir que les beaux-parents aimeraient bien qu’ils ne soient pas là…

6 : ET ESSAYER ENCORE CES ASTUCES …
Dans ces nouvelles fratries, il y a des tas de configurations possibles en fonction des écarts d’âges, de la complicité entre filles ou garçons, de l’âge de l’enfant qu moment de la rencontre du nouveau conjoint… mais souvent les vacances sont un temps privilégié où les demi-frères et sœurs se fabriquent des souvenirs, ont plus de liberté, créent des liens qui peuvent devenir des liens fraternels. Autre conseil : quand les enfants sont grands, accorder du temps sans le beau-parent, par exemple en allant au musée ou au restaurant, fait du bien à tout le monde. Et surtout, tout cela ne fonctionne que si le couple pense un peu à lui. Je ne crois pas au fait de sacrifier son couple pour faire exister cette nouvelle famille : cela nourrit beaucoup d’amertume. Le couple pense parfois que avec plusieurs enfants, il ne peut plus exister… au contraire, qu’il trouve du temps à deux et crée un espace pour se retrouver en amoureux (et comme les enfants ne sont pas là à plein temps, autant en profiter !). Car une nouvelle rupture pour les enfants, ce n’est pas drôle.
Propos recueillis par Axelle Trillard
À CONSULTER : https://www.lesnichees.com/ le site dédié aux parents séparés et aux familles recomposées qui regorge d’articles, d’astuces, de conseils psy et propose des groupes de paroles. Une mine d’informations qui (re)donne envie d’y croire.
