« J’ai bien d’autres soucis avec mes enfants, et puis vraiment je ne les imagine pas regarder un film porno ! » pensez-vous en lisant ces lignes. Pourtant, l’expérience de parents prouve que ça n’arrive pas qu’aux autres. Aussi, nous avons décidé, au Réseau des Parents, de vous proposer un article sur ce sujet sensible. Car il nous semble qu’il « vaut mieux prévenir que guérir ».
Notre intention n’est pas de vous alarmer, mais de vous informer. Pour cela, nous nous appuierons sur les propos sans langue de bois de Thérèse Hargot, sexologue et sexothérapeute, auteure notamment de « Tout le monde en regarde (ou presque) ». Notre objectif est, comme toujours au Réseau des Parents, de vous permettre d’être un parent responsable et lucide, qui prend la mesure de l’environnement dans lequel évoluent les enfants d’aujourd’hui afin de les accompagner au mieux.
Quelques chiffres
« Les vidéos porno en streaming constituent plus d’un quart du trafic mondial des vidéos en ligne, 16 % du flux total de données sur Internet et 5 % du total des émissions de gaz à effet de serre » explique Thérèse Hargot. « Le porno est une véritable industrie qui génère plus de 140 milliards de dollars par an, soit plus que Netflix et la National Basketball Association réunis. » Et pour gagner de l’argent, c’est très simple : il faut toujours plus de visiteurs et il faut que les visiteurs soient accros.
En libre-service
La pornographie est aujourd’hui en libre-service sur tous les téléphones – surtout que le Dark Web permet l’anonymat de la navigation et que les ados savent très bien l’utiliser. Ainsi, la pornographie dispose d’un support de diffusion exponentielle pour tous, notamment pour les enfants qui sont victimes de l’apparition intempestive d’images pornographiques, et pour les adolescents qui savent toujours mieux que les adultes manier ces outils. Accès facile, immédiat, permanent et sans véritable réglementation : c’est la réalité du porno aujourd’hui en France.
Avant 13 ans ?
Dès 10 ans (voire avant !) un enfant peut être exposé à des images pornographiques. Différentes enquêtes menées en France estiment qu’environ la moitié des adolescents, filles et garçons, auraient été confrontés à des images pornographiques avant l’âge de 13 ans. Et entre 15 et 17 ans, ce sont 63 % des garçons et 37 % des filles qui consultent régulièrement des sites porno. Enfin, 30 % des internautes consultant ces sites seraient des mineurs, et parmi eux, 1 mineur sur 10 regarderait quotidiennement ce type de contenus – principalement à partir de leur téléphone portable-smartphone personnel. Bref, les chiffres sont « hard ».
Loin d’être anodin
L’auteure de « Tout le monde en regarde (ou presque) » ajoute : « L’exposition aux images pornographiques pendant l’enfance et l’adolescence a une influence considérable sur la façon d’envisager la sexualité parce que le cerveau est en construction. » Au niveau psychologique, l’exposition des mineurs à la pornographie est un abus sexuel et un viol de l’imaginaire, certains psys parlant même de traumatisme. Ces images sont donc loin d’être anodines, d’autant plus qu’elles véhiculent une grande violence. Sans oublier que la pornographie agit comme une drogue sur le cerveau.
Porno et Cerveau d’ado
Mais comment un enfant, un pré-ado, un ado, un jeune se retrouve-t-il sur un site porno ? Pour de multiples raisons bien sûr. Mais Thérèse Hargot rappelle que le cerveau est fait pour apprendre, pour connaître, pour savoir. Il cherche en permanence de l’info, et à la puberté, voire à la pré-puberté, le cerveau de l’enfant qui grandit se pose des tas de questions : « c’est comment le corps d’un homme, d’une femme ? Comment fait-on l’amour ? » Comme peu de jeunes reçoivent des réponses à ces questions et que ces sujets sont intimes, ils deviennent vite tabous. Résultat : sans info à la maison, sans info à l’école, c’est auprès des copains et des smartphones que l’information arrive jusqu’au pré-ado. Et souvent, c’est en rigolant avec les copains que la première recherche se fait.
Si cela arrive à votre enfant
Si cela arrive à votre pré-ado ou ado, ne cédez pas à la panique ! Réjouissez-vous d’abord d’être au courant – que ce soit votre jeune qui vous en ait parlé (c’est rare) ou que vous l’ayez découvert par hasard. Comment réagir ? Sur cette question, les psys sont unanimes : ne jamais condamner, accueillir toujours. Essayez de savoir comment c’est arrivé, par quel réseau, de quelle manière ? Juger sévèrement votre enfant et le condamner est une grave erreur : celui-ci a vécu un traumatisme qu’il faut savoir écouter.
Oser le dialogue
« La responsabilité incombe aux parents, qui doivent arrêter de jouer les naïfs : aujourd’hui, ils savent très bien que la pornographie est facilement accessible. Ils doivent prendre au sérieux le contrôle parental mais surtout l’échange et la discussion. En 2025, nous ne devons plus avoir peur des discussions embarrassantes à ce sujet avec nos enfants. En bref, qu’il s’agisse des parents, des enseignants comme des enfants, le secret réside dans le dialogue » lance la psychologue Béatrice Copper-Royer. Sachant qu’il est souvent nécessaire d’aider votre enfant à réparer ce qui a été abîmé en lui par un accompagnement de qualité .
Quelques rappels
Pour leur éviter le porno plus tard, rappelons ces repères simples. Puisque regarder un site pornographique, c’est avoir accès au sexe si je veux quand je veux, dans une absence totale de volonté, apprendre à votre enfant à se maîtriser est essentiel. Bien sûr, les écrans sont aussi à surveiller de très près : rappelez-vous que le smartphone donne accès au porno, gratuitement et à tout moment. Enfin, maintenant que vous savez que la pornographie agit comme une drogue, parlez-en de cette manière, en évoquant le risque d’addiction. Mais la meilleure prévention reste de tenir auprès de vos enfants un beau message sur l’amour. A savoir : La sexualité se vit toujours dans une relation, et dans un consentement réciproque. Elle n’est jamais violence, et elle est beauté. A l’image de l’érotisme qui, bien loin du porno, offre une représentation artistique de la sexualité et éveille le désir. . .
« Est-ce que c’est bien ou est-ce que c’est mal de regarder de la pornographie ? Je pose la question de façon simple parce que le problème est simple. Il s’agit de prostitution. La personne humaine est réduite à un objet, la sexualité est monétisée. Les gens n’ont pas véritablement besoin qu’on leur dise que la pornographie est mauvaise, car en réalité tout le monde le sait très bien. Qui de sensé dirait à un jeune enfant : « Regarde du porno, c’est très bon pour toi ! » ; à sa fille : « Ce serait formidable que tu deviennes actrice porno, ma chérie, c’est ce que je te souhaite ! » ; à son fils : « Je serais si fier de toi si tu pouvais travailler dans le X ! ». Au plus profond de son cœur, chacun sait que ce n’est ni bon ni souhaitable. » Thérèse Hargot
Axelle Trillard
Sources :
Thérèse Hargot « Tout le monde en regard ou presque » .
Béatrice Copper-Royer « Les risques de la pornographie chez les jeunes » https://e-enfance.org/les-risques-de-la-pornographie-chez-les-jeunes/
« Pornographie : quels impacts sur la sexualité adolescente ? » https://www.enfancejeunesseinfos.fr/pornographie-quels-impacts-sur-la-sexualite-adolescente/

