Témoignage

St Valentin : quelle chance d’être deux pour éduquer un enfant !

A l’occasion de la Fête des amoureux, nous avons « rencontré » Franck, 43 ans et Sandra, 37 ans, parents de Lou (16 ans), Théo (13 ans) et Valentine (2 ans). Ces amoureux viennent-ils de Mars et de Vénus ? En tout cas, ils sont si semblables, et si différents… Aussi, alors que les rôles parentaux sont aujourd’hui interchangeables, nous avons voulu savoir ce qu’il restait du masculin et du féminin dans l’éducation. Après avoir interrogé de « vrais » parents, nous avons imaginé un dialogue factice avec ce couple, factice lui aussi, à propos de l’éducation de leurs enfants. Savoureux.

(18 H. La porte s’ouvre. Sandra dépose son manteau et fait un baiser à Franck).

Elle : Dis-moi, chéri, quand je suis rentrée hier des mes 3 jours de déplacement, il y avait pas mal de bazar à la maison ! Bien sûr tu as fait 1 machine, préparé 2 dîners, emmené Valentine à la crèche – Bravo et Merci – mais quand même tu aurais pu passer un coup d’éponge sur la table de la cuisine et vérifier l’exposé de Lou  ! Et Théo m’a dit que Valentine était tombée dans le jardin, et que tu lui avais dit de se relever et que ça irait. Tu aurais pu…

Lui : Oh, stop ! Je n’aime pas trop ces reproches alors que je fais au mieux, et Valentine, elle va très bien, merci ! Après être tombée, elle s’est relevée et m’a regardé, avec aplomb et fierté, comme pour me dire : « Regarde Papa, je suis courageuse ! » C’est sûr, elle aurait bien aimé un gros câlin, mais bon j’étais en train de checker le portable de Théo, je ne peux pas être partout… Et puis j’ai vu que Lou l’avait prise dans ses bras, donc c’est bon. Sinon, il y a le pique-nique de Théo à préparer pour demain, tu peux le faire ?

Elle : Ok ok … il y a des légumes, genre salade, dans le frigo ? Et des fruits ? Des compotes Bio ?

Lui : Eh voilà, encore ta manie de mettre de la salade dans les sandwichs ! Tiens, bouge pas, je vais lui faire son pique-nique : 2 sandwiches aux rillettes, 1 morceau de fromage, 2 brownies au chocolat, quelques tomates cerise et zou !

Elle : Oups… ok ok, mais tu sais bien que pour moi, c’est important ! J’ai lu récemment que la femme avait pour mission de prendre soin du vivant, et pour moi, ça passe par une nourriture équilibrée, voilà ! Donc si toi, tu fais des pique-niques sans salade, tu as au moins le don de rassurer les enfants ! Rappelle-toi cet été, quand nous étions en balade, que l’orage grondait et que la crainte s’est emparée des enfants, Théo m’a dit : « De toutes façons, on ne craint rien, Papa est avec nous ! »

Lui (en train de préparer le pique-nique) : Ah ! Oui, tant mieux… c’est bizarre, je n’ai pas l’impression d’être très rassurant, mais si tu le dis… Mais si nous allons sur ce terrain-là, je peux te dire combien ça manque de vie à la maison quand tu n’es pas là ! Pourtant, Dieu sait que tes idées farfelues parfois m’épuisent … jamais tu ne t’arrêtes… Et puis c’est souvent en mode « fantaisie improvisation »… mais en fait, j’aime ça !

Elle : Ah ben, vive la St Valentin, c’est l’occasion de se dire des choses gentilles ! En fait tu sais, je crois que nous avons bien de la chance d’être deux pour élever les enfants. Quelquefois tu apportes de la souplesse quand je suis rigide car fatiguée, parfois j’apporte plus de douceur quand tu es cassant… Et puis l’un apprend à dessiner, l’autre à cuisiner, l’un à bricoler, l’autre à chanter…

Lui : Plus basiquement, j’ai le sentiment que les enfants sont plus en sécurité avec nous deux : quand tu n’en peux plus, je prends le relais, ça te permet de retrouver ton calme. Quand je perds patience, tu interviens… On se soutient ! On est une équipe qui gagne !

Elle : Et heureusement qu’on est deux… différents ! Comme on ne perçoit pas le monde de la même façon  – nous n’avons pas la même sensibilité, pas les mêmes craintes, pas la même approche – on peut dialoguer et s’ajuster pour trouver le juste milieu qui permet aux enfants de grandir, de faire des expériences et en même temps de les garder dans une certaine sécurité. Et puis tu as appris à Théo à faire pipi debout ! (Rires)

Lui : En plus, les enfants voient qu’on peut ne pas être d’accord, et que ce n’est pas la fin du monde. Bon, assez de théories éducatives  ! Allez Théo et Valentine, on laisse Maman avec Lou, elles ont beaucoup de choses à se raconter, et nous on sort faire du vélo ! Allez zou…

Elle : Attends, 2 mns, je cherche les bottes, le bonnet, l’écharpe, la polaire, les gants de Valentine. Attends, il lui faut aussi son goûter… et…

Lui : C’est bon, elle n’est pas en sucre… On part juste ½ heure, ça va aller… ça me rappelle nos ballades en montagne de l’été dernier. J’étais impatient de partir sans sac à dos ou presque… sans crème solaire… sans doliprane « au cas où »… En fait, c’est ce que j’aime : manquer un peu de sécurité et transmettre ça aux enfants pour qu’ils découvrent leurs ressources, ce dont ils sont capables. Allez on y va !

(Retour de Franck et des enfants)

Elle : Alors, cette ballade ? Vous en avez mis un temps pour rentrer, je commençais à m’inquiéter !

Lui : Trop bien… bon il a plu, et Théo a eu un peu froid je crois, mais il a l’air content, pas vrai fils ?

Elle : Tu sais, j’ai repensé à notre discussion, je me disais aussi que toi, tu adores discuter avec Lou et Théo, éveiller leur sens critique, les pousser dans leurs retranchements… Parfois d’ailleurs ça m’énerve, parce que moi j’aime les écouter inconditionnellement sans les contrarier ! J’ai une amie plus âgée, elle me disait l’autre jour combien l’écoute était essentielle dans sa vie de Maman : « Quand ma fille a eu son cancer, j’ai été pour elle une présence affectueuse, un soutien indéfectible, une lumière dans la nuit ». C’est beau. (Silence)

Lui : Dis donc ce n’est pas réservé à toi la tendresse et l’amour ! Mais au fait, on sort bien au restaurant ce soir ?

Elle : Je sais, tu passerais dans le feu pour eux, ou mieux tu te ferais couper en rondelles pour tes enfants… Tiens, tu me rappelles Papa : peu de mots, mais des actes. Je pense à tous ces week-ends de fête où il nous disait : « Les enfants, allez chercher une bonne bouteille ! » C’était sa façon de nous dire « je vous aime » !

Lui : Alors récapitulons. Toi : Attention, douceur, organisation pratique, hygiène. Maman aime écouter, faire des câlins, s’assurer du bien-être de sa famille, être une présence attentive, une enveloppe rassurante. Elle fait aussi des pique-niques équilibrés et des mega goûters d’anniversaire ! Ça te va ?

Elle : Et toi : Challenge, stimulation, gain d’autonomie, grain de folie. Papa aide à passer des caps dans l’autonomie: faire ses nuits, enlever les barreaux du lit, faire du vélo, du ski, aller à l’école seule. Il aime chahuter et donner des défis. Il aime féliciter avec beaucoup d’enthousiasme ! Quel homme !

(Rires. Franck et Sandra s’en vont, bras dessus bras dessous…)

Axelle Trillard

UN BRIN DE POESIE… Une éducation à 2 voix oui bien sûr mais à 2 voix accordées. Un peu comme une fugue de Bach. Avec des motifs qui se poursuivent se retrouvent développent chacun une mélodie. Et les deux mélodies bien que différentes se mêlent. Grimpent ensemble les marches harmoniques. Avec parfois des frottements mais c’est aussi ce qui fait la richesse de l’œuvre. Une œuvre construite avec une base harmonique solide. Des accords parfaits et des dissonances. Chaque voix a sa couleur son timbre. Il y a un féminin et un masculin…

L’AVIS DE L’EXPERT : « Aujourd’hui, dans la société où l’on vit, le modèle familial traditionnel tel que l’ont connu jadis les générations précédentes laisse place à un modèle plus égalitaire entre la mère et le père. En effet, l’engagement des pères dans l’éducation et les soins prodigués aux enfants est de plus en plus marqué. Toutefois, il existe plusieurs différences entre les interventions de la mère et celles du père avec l’enfant. Et c’est pour le mieux ! Bien que l’attachement à la mère et au père soit équivalent, les relations que l’enfant entretient avec ces derniers diffèrent amplement l’une de l’autre, et ce, même si le père s’implique autant que la mère dans les soins apportés à l’enfant. La mère (ou la figure maternelle) joue un rôle plus protecteur et affectif, alors que le père (ou la figure paternelle), influence davantage les comportements exploratoires. » Extrait du site REUSSIR https://parentestrie.com/le-role-du-pere-dans-leducation-des-enfants/