Site icon Être Parent, ici et maintenant

Marie Poidatz : « Les parents se démènent pour leur famille ! »

Depuis 2016, le Réseau des Parents travaille à valoriser, relier et soutenir les parents pour qu’ils se sentent plus confiants et reliés les uns aux autres dans leur parentalité. Alors qu’une étude de mesure d’impact vient de confirmer les bénéfices de ce soutien, nous avons rencontré sa fondatrice, Marie Poidatz.

Bonjour Marie, qu’est-ce qui vous a conduit à mettre en place le Réseau des Parents ?

Tout a commencé il y a 10 ans. Formée en économie sociale et familiale, j’étais investie dans les sujets de la famille, de la parentalité. J’ai alors rencontré une élue à la famille qui a témoigné du quotidien particulièrement difficile de certains enfants de sa commune. Cela m’a touchée et a fait écho à ce que je portais en moi depuis le lycée : le désir d’aider les familles. Etant également administrateur à l’UDAF des Hauts-de-Seine, nous avons travaillé ensemble sur ces sujets. Et en 2016, nous avons lancé des conférences, ateliers et groupes de paroles sur des sujets concernant la parentalité. A l’époque, c’était nouveau, et les parents ont tout de suite accroché.

Le Réseau des Parents était né ?

Oui ! Et durant toutes ces années, j’ai acquis une conviction forte. Le soutien à la parentalité ça marche ! Pour preuve, les résultats de la mesure d’impact que nous venons de publier, mais aussi les témoignages des parents qui expriment leur mal-être, et leur gratitude vis-à-vis du Réseau des Parents.

Dans quel monde évoluent les parents du 21ème siècle ?

Pour ne pas faire de jugement hâtif et être dans l’accueil inconditionnel des parents, il faut comprendre la société et ses enjeux. Depuis 50 ans, celle-ci a évolué et nous ne faisons plus famille de la même manière. Nous sommes passés des familles avec plusieurs générations sous le même toit à la nucléarisation (papa, maman, enfant) avec l’absence de « tribu ». C’est une grande évolution, voire une révolution. Aujourd’hui, il existe même des parents solos, et la co-parentalité s’expérimente pour certains. Les pères et les mères sont dans des structures très différentes au sein desquelles les liens ont évolué : l’amour a fait son entrée sur la scène familiale, l’affection s’est invitée dans la relation parents-enfants. L’enfant est devenu une petite personne à part entière qui est écoutée et consultée, avec ses propres besoins. Sans compter l’évolution du Code Civil ! Tout cela est très nouveau.

On entend parfois dire que les parents démissionnent, qu’en pensez-vous ?

Sûrement pas ! Les parents se démènent, ils se donnent du mal pour leur famille. Je vois chez eux une énergie vitale qui les pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes à leurs enfants. Souvent en mode « prévention », ils « bossent » ! Le Réseau des Parents est là pour leur dire : « Ce que vous faites est formidable, heureusement que vous êtes là, que vous avez cette attention à vos enfants. Et nous sommes là, à vos côtés, pour vous éclairer et vous aider car nous avons une expertise sur tel ou tel sujet. » Il les accompagne et les oriente vers certaines ressources auxquelles ils n’auraient pas accès autrement.

Constatez-vous une pression sur les parents ?

Oui, elle est énorme ! Le parent doit tout réussir, notamment sa parentalité. L’enfant est désiré, voulu, choisi et là aussi, il doit être « réussi ». La Déclaration des droits de l’enfant est évidemment une bonne chose dans la mesure où elle protège l’enfant, mais elle crée une pression supplémentaire. Il s’agit d’être dans la coopération, la négociation avec son enfant qui est devenu une petite personne, et ce n’est pas si simple. Elle vient heurter la confiance en soi des parents, car leur progéniture a des comportements nouveaux qui les surprennent ou les inquiètent. Donc le défi est simple : que le parent regagne en confiance en soi, en estime de soi et puisse se dire : « Je vais y arriver ».

Vous trouvez que c’était mieux avant ?

Ce n’est pas ce que je pense. Dans le domaine de la parentalité, on a gagné des choses, et on en a perdu. Mais dans un contexte de déficit de transmission, il est essentiel de ne pas oublier ce qui a été transmis, et d’être un peu conservateur ! Bien sûr, il y a eu des progrès, mais ceux-ci conduisent parfois à des excès, notamment celui de la pression du parent parfait, qui tétanise les jeunes couples et les conduit à ne plus vouloir d’enfants.

Que voulez-vous dire par déficit de transmission ?

C’est un constat, pas une accusation. Il y a des générations qui ne sont pas « équipées éducativement » pour faire face aux défis de la parentalité. Par exemple, certains jeunes parents n’ont jamais pris un bébé dans leurs bras avant la naissance de leur nouveau-né. Ils vivent alors l’événement comme un cataclysme ! Ils ont donc besoin d’aide, surtout si la famille n’est pas auprès d’eux – ce qui arrive souvent.

Avant d’être difficile, l’éducation n’est-elle pas d’abord une aventure passionnante ?

L’éducation, c’est tout sauf un long fleuve tranquille : c’est comme un bateau qui tangue en permanence, toujours mouvant, toujours en mouvement. Ce n’est pas un livre de recettes à appliquer, même si certains repères ou principes sont nécessaires et efficaces. C’est en cela que c’est exaltant ! Et puis, en éducation, il y a un enjeu de taille : la transmission. Pour grandir l’enfant a besoin qu’on lui raconte ce qui s’est passé avant lui, au niveau personnel et collectif : le parent a donc le devoir de transmettre ! Donc, oui, c’est exaltant d’élever un enfant, et en même temps très simple. Car il s’agit d’abord d’être là auprès de son enfant, d’accueillir sa présence pour ce qu’elle est. Je pense à l’enfant qui cherche à marcher, à lire et écrire. Un parent est forcément en admiration devant cette énergie vitale que le petit être met en place pour avancer, grandir, réussir… Mais pour cela il a besoin de nous à ses côtés.

Vous venez de publier une enquête qui pointe les bienfaits du soutien à la parentalité, pouvez-vous nous en parler ?

Nous avons cherché à évaluer les fondamentaux de l’être-parent à partir de nos 8 années de terrain et les résultats sont clairs. Grâce au Réseau des Parents, les parents se sentent moins seuls et gagnent en confiance en eux. Ils se sentent plus outillés pour l’éducation de leurs enfants. Ils ressentent des bienfaits durables sur leur être-parent et sur leur capacité d’agir. J’insiste sur le premier bienfait : sortir de l’isolement. Quand votre ado va mal, rencontrer d’autres adultes qui partagent les mêmes soucis, ça vaut de l’or ! Le parent retrouve alors du souffle et se sent encouragé. Il retrouve du pouvoir d’agir et de la confiance en soi.

Quelle est la spécificité du Réseau des Parents ? 

Dans les lieux où nous allons, il y a toujours de belles actions de soutien à la parentalité. Au Réseau des Parents, nous allons vers les parents pour les rencontrer et les mettre en réseau, et vers les acteurs publics. Avant toute forme d’action, nous nous mettons à l’écoute pour comprendre ce qui existe, et surtout entendre les attentes des parents, tellement différentes d’une ville à l’autre ! J’aime entendre les élus ou d’autres acteurs me parler des enjeux éducatifs auxquels ils font face, par exemple ces jeunes filles qui sautent des repas à la cantine pour ne pas prendre de poids. Nous nous intégrons ainsi dans le territoire local, nous créons du lien avec les divers acteurs de soutien à la parentalité. Puis nous proposons une offre sur-mesure avec une programmation d’action de soutien, dans des locaux mis à disposition par la ville. Valoriser, Relier et Soutenir les parents, telle est notre mission. Je suis très pragmatique : les parents ont des besoins, il faut s’en occuper.

Concernant les élus, quel est votre message ?

Dans un contexte difficile où les placements des enfants, les suicides d’adolescents, etc. augmentent, j’aimerais que le soutien aux parents soit reconnu et considéré comme un axe prioritaire de l’action des élus et des acteurs socio-éducatifs. Je suis persuadée que les parents sont les meilleures personnes pour être auprès de leurs enfants, sans compter qu’une famille qui va bien, c’est un immeuble, un quartier, une ville qui vont bien ! Une étude de l’UNAF a d’ailleurs montré que si les parents étaient plus aidés et valorisés, ils auraient plus d’enfants. Les parents ont besoin de sentir la reconnaissance de la société tout entière, alors mon message aux élus est simple : occupez-vous des parents ! Et je donne rendez-vous à tous pour notre grand Colloque sur l’impact du soutien à la parentalité qui aura lieu en Mars 2025.

Propos recueillis par Axelle Trillard

Contact : direction@reseaudesparents.org ou 06 80 28 50 36

Quitter la version mobile