Témoignage

Santé mentale des ados : plutôt prévenir que guérir !

Les collégiens et les lycéens ont connu, ces dernières années, une nette dégradation de leur santé mentale, avec un adolescent sur sept qui présenterait des risques de dépression. Anxiété, sentiment de solitude, mal-être, pensées suicidaires, troubles du comportement alimentaire, addictions… Pourtant, il n’y a pas de fatalité. Laura Atack, consultante parentale et formée aux premiers secours en santé mentale jeunes (PSSM France), donne ici son point de vue. Positif, encourageant, et plein d’espoir.

Bonjour Laura ! Au vu des données des études, il y a de quoi s’alarmer non ?

Oui et non ! Car la prévention existe, notamment avec un style d’attachement parent-enfant positif. Si, dès le plus jeune âge, la mère et le père ont eu l’habitude d’un style de parentalité basé sur un attachement sécurisant, où les enfants se sont sentis vus, en sécurité, apaisés, accueillis tels qu’ils sont, sans jugement, ce sera plus simple d’avancer avec lui quand il sera adolescent. Ainsi, pour la plupart des enfants, la période de l’adolescence va bien se passer et c’est rassurant.

Pourtant, parfois l’adolescence se passe mal…

C’est vrai, et la présence des parents est essentielle à cette période de la vie. Les neuro-sciences nous apprennent que le cerveau de l’adolescent est en plein chantier jusqu’à ses 25 ans. L’adolescent est donc au début de cette période de changement, en pleine construction humaine, il n’est pas « fini ». Il a encore besoin de son parent pour l’aider à se construire, il a encore besoin de ce « co-pilotage », comme une sorte de « light house », de phare… pour avancer.

Emmener son ado chez le médecin est-il important en cas de difficulté ?

Un enfant devenu ado a besoin de se sentir en sécurité pour exprimer tout ce qui ne va pas en termes de santé mentale, et une consultation chez un médecin généraliste est un bon espace pour cela. Un suivi médical régulier est essentiel pour repérer des signes de mal-être ou des troubles physiques qui peuvent influencer l’humeur et la santé mentale de l’adolescent. Cela permet de dédramatiser la consultation médicale qui doit être un espace où la santé mentale est autant prise en compte que la santé physique. Et si l’ado refuse, lui proposer de choisir le professionnel avec qui il se sent le plus à l’aise peut faciliter le processus. A noter que le parent est présent pour la consultation, tout en proposant au jeune de le laisser seul un moment avec le médecin si nécessaire.

Comment faire pour accompagner son ado et prévenir ces troubles mentaux ?

Tout ce que nous pouvons mettre en place pour essayer de soutenir l’adolescent pendant cette période de transition entre le monde des enfants et le monde des adultes est utile. En s’intéressant, par exemple, à son comportement – mais sans jugement. Par exemple, concernant le téléphone et pour éviter certaines addictions, le parent peut lui dire : «  C’est moi qui paie l’abonnement du téléphone, donc le contrat est le suivant : j’ai les mots de passe, j’ai le droit de jeter un œil » – cela peut d’ailleurs l’aider à se sentir en sécurité. Chez nous, mon mari s’assied une fois par semaine avec nos ados pour faire le point sur l’utilisation du portable, le temps d’écran, etc. C’est un moment d’échange sécurisant. On ne lâche pas l’ado dans la nature, on est là, on est solide pour lui, on lui envoie le message suivant : « tu es encore sous ma responsabilité ».

Certains ados sont sujets à des moments de déprime, que faire ?

En période d’adolescence, il y a plusieurs facteurs de risque qui peuvent mener à la dépression. Comme parents, il faut s’assurer que les besoins physiologiques de base sont remplis. Favoriser une alimentation équilibrée, veiller au bon sommeil de l’ado, encourager à la pratique d’un sport, promouvoir des environnements et des réseaux sociaux bienveillants, prendre garde aux copains… tout cela est indispensable. Parfois, face à son ado, il faut oser reprendre les rennes et décider pour lui : « Nous allons tous sortir en forêt samedi après-midi », même si cela ne lui plaît pas. En cas de doute, ou bien si les signes cliniques de la dépression sont présents pendant deux semaines, il faut consulter un professionnel. 

Et avec un ado qui s’isole dans sa chambre ?

Si le parent intervient au début du processus d’isolement, son rôle est déterminant : il s’agit d’aider l’ado à « sortir » de sa chambre, en lui proposant des activités. Un ado va dire non aux idées de ses parents 9 fois sur 10, c’est normal. Il faut alors lui en proposer 10 fois plus, et ne jamais lâcher ! Il est essentiel de multiplier les invitations : sortie au cinéma, jeu de cartes, préparation de pizza, escape-game père-fils… et essayer de proposer des moment légers ou des activités qui l’intéressent lui, et pas forcément vous, comme parent, comme par exemple se rendre au Salon des Mangas !

Quand faut-il vraiment s’inquiéter ?

Faites confiance à votre instinct. Dès que vous constatez un changement de comportement brutal, une baisse de notes scolaires, des douleurs inhabituelles, un changement curieux de groupe de copains, parlez-en très vite : à votre médecin, à une amie, à une ligne d’écoute, mais aussi et surtout à votre ado. Il est urgent de dédramatiser les conversations concernant la santé mentale, d’en parler sans peur et sans tabou. Ce n’est pas évident, car les ados cherchent souvent à protéger leurs parents.

Quand le mal-être s’aggrave, la peur du suicide se fait jour…

Entre 2018 et 2022, la proportion de lycéens ayant eu des pensées suicidaires au cours de l’année écoulée est passée de 13,3 % à 17,4 % chez les garçons et de 24,2 % à 30,9 % chez les filles. C’est une question vitale. Il est important de comprendre que, en ce qui concerne le suicide, on ne va jamais pousser un jeune au passage à l’acte en en parlant. Bien au contraire, cela libère de cette peur. Quatre questions peuvent être posées, sans tabou : Est-ce que tu y as pensé ? As-tu déjà tenté de le faire ? As-tu un scenario en tête ? Envisages-tu de passer à l’acte ? Au premier Oui, il est urgent d’en discuter avec l’infirmière scolaire ou le médecin, et si l’ado répond Oui aux deux dernières questions, c’est une situation d’urgence. Le parent ou l’ado peuvent appeler le 3114, le numéro national de prévention au suicide : des professionnels sont là pour écouter et conseiller. Enfin, il est essentiel bien sûr faire appel à un psychothérapeute.

Mais comment trouver le bon psy ?

Le « bouche à oreille » fonctionne très bien. Il ne faut pas hésiter aussi à tester plusieurs professionnels pour trouver celui qui convient. Et surtout, le parent ET l’ado doivent se sentir en confiance avec lui. Enfin un autre critère est déterminant : que le psy s’intéresse autant au parent qu’à l’adolescent ! On ne soigne pas un jeune sans prendre en compte sa famille. Financièrement parlant, il existe le « Parcours Psy » d’Ameli, et les mutuelles remboursent souvent quelques consultations de psychothérapie ou de médecine douce par an.

Un dernier conseil pour les parents ?

D’abord, informez-vous ! Il ne s’agit pas d’être expert, mais de glaner des informations et d’avoir un œil ouvert sur ces questions pour reconnaître, par exemple, les différences entre anxiété et dépression, ou les signes précurseurs d’une addiction (voir sites ressources ci-dessous). Ensuite, soignez la relation avec votre jeune, et, envers et contre tout, cherchez à garder le lien avec lui, sans jamais perdre espoir ! Entourez-vous également d’adultes de confiance qui puissent prendre votre relais si besoin. Enfin, prenez soin de vous : être parent d’un adolescent n’est pas chose facile et si vous allez bien, la connexion à votre ado sera plus simple.

Propos recueillis par Axelle Trillard

Les messages aux parents. 1er message : Oser parler car on ne pousse jamais un jeune au passage à l’acte en parlant de suicide. 2ème message : Dédramatiser les conversations concernant la santé mentale. 3ème message : S’informer sur les risques concernant la question.

Ressources : Ligne d’écoute dédiée aux jeunes 0 800 235 236 – Ecoute infos famille Apprentis d’Auteuil 01 81 89 09 50 et https://www.apprentis-auteuil.org/nos-actions/accompagnement-familles/ecoute-infos-familles– Numéro national de prévention du suicide : 31 14 ou site https://www.ditesjesuisla.fr/ – Pour s’informer  :  https://www.psycom.org/sinformer/la-sante-mentale/la-sante-mentale-des-jeunes/ et https://www.filsantejeunes.com/ – Pour se former :  https://www.pssmfrance.fr/ – Site de Laura Atack : www.encouragingparents.com.