Au mois de novembre, la scolarité est au cœur de votre vie de parent, et parfois des mauvaises notes s’invitent sur les copies de vos collégiens. Entre déception, colère et réprimande, comment réagir correctement ? Nous avons rencontré Anne Savi qui acccompagne depuis 20 ans les jeunes et leurs parents sur ces questions.
Comment bien réagir aux premières mauvaises notes d’un collègien ?
Si on parle de bonne réaction, c’est que certaines sont à éviter. Effectivement, très souvent, les parents disent : « Tu vois, tu n’as pas assez travaillé, tu n’as pas écouté mes conseils… » Mais face à une sale note, le collégien est découragé, désemparé, alors ces paroles ne vont pas l’aider ! Je dirais même plus : cela casse la relation. Si, quand le jeune parle de ses notes, il y a des colères, des cris, du jugement, le jeune va être tenté de dissimuler ses notes à l’avenir, et la confiance avec ses parents sera rompue.

Parfois, le parent est en colère, ou déçu face à un note en-dessous de la moyenne…
Bien sûr, et c’est normal. Mais si le parent est en colère, il va provoquer de l’agressivité en retour. Il doit donc attendre d’être « dans le vert » pour discuter. Et si le parent est déçu, c’est peut-être qu’il a trop d’attentes au niveau de la scolarité de son enfant ? Et surtout, je ne vois pas ce que ça apporte de dire au jeune : « je suis déçu de ta note », cela risque de le mettre mal à l’aise. L’idée est donc d’encourager les jeunes à sortir de ce mauvais pas en gardant une bonne relation. J’aime dire aux jeunes : « Tu es bien plus qu’un élève », et aux parents : « Votre jeune n’est pas seulement un élève, mais un jeune à accompagner ».
Accompagner son collégien, ce n’est pas simple !
C’est vrai, et les parents sont là pour accompagner leurs jeunes comme des parents, pas comme des profs! Quand un contrôle est réussi, ils peuvent dire à leur collégien : « A ton avis, qu’as tu fait pour y arriver ? Quelle organisation, quelle stratégie as-tu utilisé ? » La réaction du parent à une bonne note est essentielle car elle renvoie le jeune à son succès. L’idée est de mettre en lumière ce qui a fonctionné pour le réutiliser lors d’une autre évaluation. Le parent doit donc poser les bonnes questions pour que le jeune puisse se répondre à lui même pourquoi il a réussi : bonne gestion du temps, travail suffisant…

Féliciter ou réprimander, est-ce une bonne idée ?
J’aime mieux parler d’encouragement, en incitant le jeune à savourer le plaisir de sa bonne note, ou celui d’avoir bien travaillé pour être efficace. Mettre en lumière ce qui a réussi, c’est vraiment une obsession chez moi ! Quant à réprimander, cela va casser le dialogue. « Je t’avais bien dit, tu n’as pas assez révisé », ces affirmations sont stériles. En cas de mauvaise note, voici plutôt ce qui aide le jeune : « Que s’est-il passé ? Que t’est-il arrivé ? Que te faudrait-il pour réussir la prochaine fois ? » Ce flot de questions renvoie le jeune à sa responsabilité et son autonomie.
Que pensez-vous de punir, ou récompenser le jeune pour ses notes ?
Chaque parent est libre de faire ce qu’il veut. En discutant, un parent peut s’apercevoir que son ado peut être motivé par quelque chose en plus. Mais dans l’idéal, travailler et être content de réussir, c’est suffisant. Quant à la sanction, je la déconseille : le jeune est déjà assez embêté avec son échec sans en rajouter. Il est plus intéressant de réfléchir aux conséquences de ses actes. Par exemple : « je suis sorti, j’ai fait la fête, et donc j’ai une sale note ». Les conséquences de ses actes sont déjà une sanction, il est inutile de punir le jeune en plus.

Mais discuter avec son ado est parfois difficile…
Il est plus difficile de discuter avec son ado si la relation est déjà dégradée, aussi il est important d’installer une relation de confiance très tôt, et d’avoir dès le primaire les bonnes réactions. Si une mauvaise note revient à la maison, ce n’est pas le « Catastrophe ! » qui doit primer, mais toujours et encore les bonnes questions. « Comment s’est passée cette évaluation ? Ça te fait quoi d’avoir une mauvaise note ? » En prenant le temps de bien écouter, le parent peut entendre à demi-mot : « Je n’avais pas beaucoup travaillé »… La relation est maintenue, et le parent va pouvoir amener le jeune à changer quelque chose dans son organisation, et à grandir.
Que pensez-vous des notes, si importantes dans le système scolaire français ?
La note est très importante, elle dit un message, elle est une amie ! Si la note est bonne, elle donne informations sur la juste façon de travailler, si la note est mauvaise, elle permet de pointer – en négatif – ce que le jeune a su faire. Chez moi, la réussite est obsessionnelle ! Regarder, analyser la copie du jeune est important alors que la note sur internet n’a pas d’intérêt. Mais souvent, les jeunes jettent leur copie à la poubelle ! Donc il faut commencer par « récupérer » la copie, et ensuite, une fois celle-ci entre les mains, on peut travailler avec le jeune sur sa progression : comment tu vas t’y prendre ? à quel moment ? En visant juste la prochaine fois.

Une mauvaise note entraîne souvent une spirale de perte de confiance en soi, quels sont vos conseils ?
C’est vrai, et le système s’auto-nourrit car le jeune, après une mauvaise note, se dit : « Je suis nul », et il va enchaîner les mauvaises notes. Mais ce n’est pas le jeune qui est mauvais, c’est la copie ! Est-ce la mémoire qui a flanché ? L’organisation ? Comment a-t-il travaillé, révisé, utilisé ce qu’il avait en stock dans sa tête ? A-t-il compris les consignes ? Pour éviter cette spirale négative, je conseille aux parents de se former – le Réseau des Parents est là pour ça !- et s’appuyer sur une personne extérieure pour reprendre calmement les bases : c’est quoi travailler, apprendre, s’organiser ?
Le mot de la fin ?
Le parent doit rester une personne de confiance pour le jeune, et éviter le conflit est primordial. S’il réprimande, sanctionne, hurle, le jeune ne parlera plus et le dialogue sera rompu. J’ai aussi envie de redire aux parents : la note est une amie qui vous veut du bien. Faites en sorte que votre jeune ne mette pas ses copies à la poubelle. Soyez zen. Posez des questions ouvertes. Et rappelez-vous : votre ado n’est pas qu’un élève !
Propos recueillis par Axelle Trillard
Orthopédagogue depuis 20 ans, Anne Savi accompagne les enfants et les jeunes en difficulté d’apprentissage, que ce soit au primaire, au collège, au lycée, en individuel, en atelier ou en stage. Elle est là pour « Apprendre à apprendre », s’intéressant à ce qui se passe à l’intérieur de la tête du jeune : c’est la pédagogie des gestes mentaux ou « gestion mentale ». Elle propose aussi aux parents et aux professeurs des conférences. www.japprendsautrement.com.
