Pas toujours facile de dire Non à son enfant, surtout quand la fatigue, les nouvelles pratiques éducatives, les désaccords dans le couple s’en mêlent… Pourtant Marie-Charlotte Clerf, coach parentale depuis 15 ans et adepte d’une éducation bienveillante et pétillante, incite les parents à oser le Non.

Mais pourquoi les parents ont-ils du mal à dire Non à leur enfant ? La raison le plus fréquente est la suivante : la peur que mon enfant ne m’aime plus, ou peur qu’il croit que moi, son parent, je ne l’aime plus. Pourtant, l’enfant ne s’y trompe pas : un Non ferme et bienveillant ne le fait en aucun cas douter de l’amour de ses parents, et surtout le sécurise. Notre experte répond ici aux questions que les parents se posent.
Dire Non à son enfant de 11 mois est-il une bonne ou une mauvaise idée ?
Pour un enfant de 11 mois, je pense qu’il faut s’interroger : pourquoi est-ce que je veux lui dire Non ? Si c’est à une expérience qui le met en danger ou met d’autres personnes en danger, c’est légitime, et ce quel que soit l’âge. Si c’est aussi parce que moi, son parent, je suis exténué et que je risque de faire une crise, de crier en voyant mon enfant agir parce que je n’ai pas dit Non, c’est aussi mieux de le dire. Mais si c’est juste parce que je suis inquiète ou agacée à l’idée qu’il ouvre le placard et en sorte toutes les serviettes ou que je pense qu’il est trop jeune pour tenter d’utiliser une fourchette, il vaut mieux retenir son Non et le laisser faire !
J’ai peur des crises de mon enfant, alors je me débrouille pour le divertir et éviter de lui dire Non, qu’en pensez-vous ?
Je comprends que les crises soient difficiles à gérer, surtout lorsque l’on est soi-même épuisé… Mais à mon sens, c’est une mauvaise idée de ne pas confronter son enfant au Non : c’est grâce à nos Non qu’il apprend à gérer sa frustration. Il faut se rappeler que plus les enfants sont petits, moins leur cerveau est équipé pour faire face aux crises et à la frustration sereinement. Donc un tout petit qui fait une crise parce que je lui ai dit Non, c’est naturel et ça ne doit pas m’inquiéter. Je suis en train de lui apprendre une grande leçon qui lui servira toute sa vie : la frustration existe !

Mon enfant de 6 ans ne supporte pas que je lui dise Non, que faire ?
A cet âge-là, un enfant qui fait une crise dès qu’on lui dit Non peut faire peur. Il faut alors d’abord tenter de comprendre comment on en est arrivé à ces crises épouvantables à 6 ans, voire plus. Et d’abord commencer à en parler à son médecin traitant car il est possible que l’enfant puisse avoir une difficulté particulière qui, reconnue, pourra être mieux prise en charge. Mais si c’est par habitude, parce que j’ai toujours eu peur de ses crises et que je ne lui ai jamais appris à entendre un vrai Non, il est très important de l’y confronter… et de s’y confronter en même temps. Ce n’est pas drôle, mais c’est nécessaire sinon quand saura-t-il gérer ses frustrations ?
Quand mon p’tit gars de 5 ans escalade le canapé, je le laisse faire, ça m’amuse, mais mon mari lui dit Non et cela nous divise. Que faire ?
Je serais bien en mal de vous dire qui a raison : je ne connais ni votre enfant, ni votre environnement, ni vous. Je vous propose juste ce conseil, facile à dire et compliqué à mettre en place, mais qui a aidé de nombreux parents : « c’est le parent qui commence la relation qui la termine ». Ce qui veut dire que si c’est vous qui étiez là en premier quand il a commencé à grimper sur le canapé, il vaut mieux que votre mari n’intervienne pas… et vice-versa. Pour vous aider, n’hésitez pas à sortir de la pièce. Ainsi votre enfant saura ce qu’il peut faire avec vous ou avec son papa, mais n’aura pas agrandi la « fissure » entre vous.

D’après certains spécialistes, il faut dire Stop au lieu de Non, c’est vrai ?
En moyenne un enfant de 3 ans entend un Non toutes les 9 minutes… cela devient donc une « petite musique de fond » qui n’a plus beaucoup d’efficacité et auquel l’enfant ne fait plus attention. Que faire alors ? D’abord réfléchir à ses Non, et les choisir… et aussi en dire moins. On peut aussi trouver un autre mot pour indiquer la limite à ne pas franchir. Alors pourquoi pas le mot Stop ? Mais si vous dites autant de Stop que vous disiez de Non auparavant, cela n’aura plus d’intérêt !
Finalement, en quoi un Non ferme et bienveillant aide-t-il un enfant à grandir ?
Un Non sert avant tout à éviter à l’enfant de se mettre en danger ou de faire des choses contraires à la loi ou à nos valeurs. Cela sert aussi à lui apprendre la frustration, tellement utile pour trouver sa place dans la société. Enfin, cela sert à lui montrer que ce n’est pas lui qui décide de tout mais que le parent est celui qui détient l’autorité. Enfin, il existe deux contextes dans lesquels un Non s’impose : en prévention ou pendant un danger immédiat. Dans les deux cas, l’expression du visage ou le ton importent davantage que le mot employé.

L’équilibre entre trop et pas assez de Non est un art difficile. Si pas assez de Non met en insécurité et incite parfois l’enfant à se mettre en danger, un excès de Non n’apprend ni à écouter son intuition, ni à se faire confiance. Alors, que faire ? C’est à chaque parent d’être l’artiste de l’éducation qu’il souhaite donner à son enfant… en sachant que, malgré tout, une certitude s’impose. En disant Non face à des comportements intolérables, en faisant respecter ses limites, l’adulte apprend à l’enfant à se faire respecter. Et lui montre qu’il a, lui aussi, le droit de dire Non. Un beau cadeau pour la vie.
Merci à MC Clerf d’avoir répondu à nos questions de parents. Pour la contacter : contact@coach-famille.fr et www.coach-famille.fr.
Pour aller plus loin : https://montessouricettes.fr/dire-non-a-son-enfant/
