Vous êtes en couple, vous avez une famille, vous êtes bien entourée, vous êtes hyper-connectée… et pourtant vous souffrez parfois de solitude. Ce ressenti – qui n’a rien à voir avec un isolement réel – vous pourrit la vie, vous rend triste, et parfois vous fait frôler la dépression. Comment donc apprivoiser ce sentiment de solitude et y faire face ? Le Réseau des Parents vous donne des pistes dans ce 2e article de notre Dossier « Solitude de parent ».
Tout commence « lorsque l’enfant paraît »… En effet, c’est souvent à la naissance que, paradoxalement, la femme devenue mère rencontre pour la première fois ce sentiment de solitude. Plus encore que l’isolement réel dû au congé maternité, c’est bien plutôt une solitude liée à son nouveau statut de mère que celle-ci éprouve.
Quel est ce sentiment de solitude ?
Inquiétude, peur, anxiété, angoisse devant sa nouvelle responsabilité parentale, la mère qui vient d’accoucher se sent bien isolée, dans une société qui laisse la jeune mère livrée à elle-même. Surtout si la jeune maman a peu de famille sur place ou d’amies mamans… Surtout si elle a des enfants rapprochés… Surtout si elle est mère d’un enfant qui a des soucis de santé ou un handicap…

Aujourd’hui, la maternité se présente comme une aventure à vivre, entre le bonheur total que représenterait l’arrivée de l’enfant, et les multiples difficultés qui s’annoncent… Devenue maman, la femme peut traverser toute la palette des émotions : colère devant tout ce que la grossesse et l’accouchement lui font vivre (à elle, et pas à l’homme !), frustration de tout ce que ce tout petit bébé l’empêche de faire, tristesse devant la réalité de cette maternité qui ne la comble qu’à moitié …
Toutes ces émotions sont normales… Et si le sentiment de solitude que la jeune ou moins jeune mère éprouve avait son utilité ? Jeanne se souvient : « J’ai mis du temps à endosser mon costume de maman, et certains jours, devant mes copines qui continuaient à voyager ou à prendre des verres en terrasse à 19H, je déprimais … » Elle se tait un instant, sourit et continue : « Il m’a fallu faire cette traversée de tristesse, de solitude intérieure et intime pour accepter de laisser ma peau d’âne de célibataire, et naître à ma nouvelle vie de maman ! »
Seule responsable de son enfant ?
Malgré tous les cours de préparation à l’accouchement – parfois avec le père de l’enfant – la femme est bien seule enceinte. Elle est seule à porter physiquement son enfant, seule à souffrir des 1001 petits et grands maux de la grossesse, seule à accoucher, seule à allaiter… Et si elle n’y prend pas garde, elle peut se croire, se penser, se vivre comme seule et unique référente de son enfant.
« Maman ! Maman ! » crie d’ailleurs l’enfant quand il commence à parler. Résultat : Maman en vient à oublier son entourage – à commencer par le père – et à tout faire par elle-même. « Bien sûr, mon homme est là pour prendre le relais, mais certains jours, j’ai quand même l’impression d’être la seule à tout porter ! » Seule à s’inquiéter, seule à penser aux menus, seule à trier les habits, seule à assumer …

Et si, inconsciemment, la femme voulait ainsi donner l’image d’une mère forte, courageuse, admirable… et admirée ? Sandra témoigne : « J’ai parfois tendance à m’épuiser sans rien dire à mon conjoint, et à m’isoler comme mère. Par contre, j’ai noté que si je lui parle de mes soucis de maman (éducation, santé, etc.), je le sens concerné, et ça change tout, je ne me sens plus seule à tout porter ! »
Ce ressenti de solitude est également lié au très légitime sentiment de fierté d’être mère. « J’ai un peu l’impression que nos enfants sont notre gloire, et que nous faisons tout pour qu’ils renvoient une belle image de nous » affirme de son côté Juliette avec un sourire malicieux. Aussi, très subtilement, la mère peut chercher à faire de son enfant un joli miroir d’elle-même, dans une douce fusion…
Jamais sans le père
Si l’enfant va bien, la mère en est la première, l’unique, la seule responsable ; mais attention, si les choses tournent mal, c’est également la mère qui devient également la première, l’unique, la seule responsable. Et si celle-ci voulait, sans s’en rendre compte, garder le privilège de la maternité pour elle, renforçant ainsi ce sentiment de solitude ?
C’est là où le père a tout son rôle à jouer. Juliette se souvient encore du jour où son homme, alors qu’elle était dans une posture de toute-puissance maternelle, lui a dit : « Tu sais, ce n’est pas seulement ton bébé, c’est aussi le mien ! Et nous en sommes responsables à part égale : 50 pour toi, 50 pour moi ! »

La société du 21ème siècle – dite de communication – est également une incroyable machine à solitude. Avec les réseaux sociaux, la mère se croit en lien tout en étant seule devant son écran. Elle peut “scroller” des heures pendant la sieste de son enfant ou avant de s’endormir… accentuant ce ressenti de solitude.
Seule devant son écran
De plus, cet environnement numérique n’est pas tendre pour les mères auxquelles on en demande toujours plus, et qui se sentent sévèrement critiquées ou jugées au moindre faux pas. Maman se compare alors aux autres, avec l’impression désagréable que les autres y arrivent bien mieux qu’elle, et s’isole, au moins dans sa tête ! C’est bien connu, l’herbe est toujours plus verte chez la voisine.
Et s’il s’agissait d’une peur de se confronter aux autres ? Violaine est psychologue et propose des groupes de parole : « En discutant, les femmes réalisent qu’elles ne sont pas toutes seules à vivre telle ou telle difficulté. En mettant des mots sur leurs maux, elles vont mieux », avant d’ajouter : « Finalement, je constate que les mamans qui vont bien, ce sont celles qui sont en lien ! »

Alors, à chacune de trouver les liens qui lui fait du bien. En se souvenant que, d’après les travaux d’un universitaire américain (J. Cacioppo), les personnes le plus susceptibles de ressentir la solitude sont celles qui présentent les traits de personnalité suivants : un intense besoin de reconnaissance et d’approbation, une grande peur d’être hors norme et une difficulté à se raccrocher à des pensées ou des activités réconfortantes dans les moments « en creux ».
En se souvenant aussi qu’il existe une réelle et bienfaisante solitude, celle qui permet à la femme de se retrouver elle-même. Alice qui s’offre une fois par an deux jours en solo raconte : “ J’ai compris que, dans la maternité, je devais d’abord me sentir bien comme femme. Les enfants, qui ont grandi, sont ravis que je prenne du temps pour moi toute seule, sans être toujours la mère courage qui donne, donne, s’épuise et râle ! Et ils comprennent qu’il est impossible de bien s’occuper des autres si l’on ne prend pas le temps de se ressourcer, d’exister soi, et d’être sa meilleure amie ! » Bon à savoir !

