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L’apprentissage de la liberté

Suite de notre série sur la contribution des familles pour rendre nos enfants participants à la vie de la société. Nous abordons cette fois la notion de la liberté. Comment, en famille, faire prendre conscience de ce qu’est la liberté à nos enfants et de la manière de l’exercer en société ? Notre société n’est pas une jungle où le plus fort gagne systématiquement. Elle est régie par des lois qui garantissent la protection du plus faible. Ces lois, ces règles nous permettent de vivre sereinement ensemble. C’est à la fois par l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité que la famille a toute sa place dans la constitution de bases solides pour l’enfant. Comment faire pour éduquer la liberté chez notre enfant ? Par quoi cela passe-t-il ?

Le sujet de l’éducation à la liberté est vaste et ne saurait être traité en un seul article. Le Réseau des parents a donc choisi de se concentrer sur le cadre que nous pouvons donner à l’enfant pour lui garantir cette liberté et sur la manière de l’amener en grandissant à poser des choix responsables.

Un cadre c’est une fenêtre ouverte sur sa propre liberté. Photo de Jacob Morch sur Pexels.com

Donner un cadre

Eduquer à la liberté n’est pas laisser tout faire. Il faut souligner auprès de nos enfants l’importance de l’interdit seul capable de les construire. Inter-dire c’est s’interposer entre l’enfant et son désir. Inter-dire c’est aussi se dire entre nous, grâce à ce qui se dit, entre les personnes d’une même communauté- les lois – nous pouvons vivre ensemble. Sans interdit, l’enfant vit dans un chaos, un monde où rien ne résiste, où rien ne prend vraiment de sens. Il arrive que l’enfant transgresse les interdits. C’est aussi de cette manière qu’il apprend, qu’il peut engager sa liberté. Cela ne fait pas particulièrement plaisir à l’enfant de respecter des règles, des contraintes, or il aimerait bien ne faire que son plaisir. A nous de lui faire comprendre que l’on ne peut pas faire que son plaisir. Pourquoi fait-on aussi des choses qui ne nous font pas plaisir ? On le fait par amour pour lui et pour qu’ils puissent bien grandir : travailler pour avoir à manger, s’habiller, partir en vacances…, ranger, nettoyer pour évoluer dans un espace agréable…

Parfois, en tant que parent, on peut être tenté de donner peu voire pas de règles, mais comment alors évoluer dans un espace si vaste qu’il devient inquiétant ? Où sont les points de repères pour se rassurer ? On peut avoir également la tentation de mettre de nombreuses règles, de vouloir tout délimiter, contrôler…Mais où est la liberté de l’enfant ? Soit il se soumet, soit il se révolte car il n’y a pas de place pour sa liberté. A nous de fournir à l’enfant des repères et des interdits stables qui le rassureront. C’est grâce à ces repères stables, non négociables, qu’il peut définir l’espace de sa liberté, de ses choix.

Avoir des repères pour se retrouver quand on est perdu, désorienté.

On peut choisir des règles claires, simples, dont l’enfant connait les conséquences, et qui pourront délimiter son champ de décision, sa liberté : « Pendant le temps calme, je te demande de rester dans ta chambre. En revanche, c’est toi qui décide ce que tu y fais : tu peux dormir, te reposer, jouer, écouter de la musique…A toi de voir ! « , « A partir de 20h30 les enfants de cette maison sont dans leur chambre. La famille se retrouvera demain matin autour du petit déjeuner. Dans cette famille, chacun a droit à sa tranquillité à partir de 20h30, parents, comme enfants. » « Dans cette famille, on parle correctement aux autres » « Tu peux prendre la liberté d’injurier, mais sache que tu ne pourras plus rester autour de cette table dans ce cas, si tu as un problème, explique-le nous calmement. »

Les parents ont le rôle de la loi dans la famille. A eux d’apprendre à l’enfant à intégrer le « non » et à veiller à ce que l’enfant acquière peu à peu la capacité à choisir. Ces règles n’agissent pas comme une barrière mais comme un ingrédient indispensable, un lien qui nous unit à nos enfants, un fil conducteur, une corde qui sécurise, une rampe sur laquelle on peut se retenir.

« Faut pas nous lâcher, parce que si vous nous lâchez on tombe ! »

Angélique Motte et Claire Rambaud, auteures de Recettes presque imparables pour dialoguer avec son ado, Flammarion, 2020

Adolescent, le jeune sent qu’il devient capable de faire bien plus de choses mais il est encore inexpérimenté, il ne sait pas tout…L’ado pense qu’il sait, ne veut pas de contraintes, il se pense capable de prendre ses décisions seuls et pourtant il sent au fond de lui ce manque d’expérience, c’est pour cela qu’il a besoin de faire ses propres expériences (au plus grand dam de ses parents…). Il a besoin de pouvoir expérimenter mais aussi de pouvoir se mettre à l’abri dans un cadre sécurisant quand il en a besoin.

Voici quelques exemples de règles qui peuvent s’imposer à tous dans la famille (extraites du livre de Angélique Motte et Claire Raimbaud) :

« Vivre en famille, c’est vivre en communauté, voici alors quelques règles qui s’imposent à tous :

  • Je peux tout dire, mais de manière courtoise et calme.
  • Je t’écoute et tu m’écoutes
  • Je respecte le territoire de chacun
  • Je participe à la marche de la maison en fonction de mes capacités.
  • J’entretiens la propreté de mon corps ( et de ma chambre ) par respect pour moi et pour les autres.
  • Je parle correctement devant mes parents »

Parfois on désespère de l’apprentissage de la liberté par nos enfants : mauvais choix, règles systématiquement bousculées. Il peut arriver que l’on ait besoin d’aide pour y arriver. N’hésitons pas à a y avoir recours ! Notre point accompagnement famille est là pour ça !

Instaurer des règles à la maison, c’est donner des consignes qui organisent le temps, l’espace et assurent la sécurité de chacun, tout comme la loi le fait pour nous tous. Elles guident les enfants sur le chemin de l’autonomie et favorisent la coopération familiale, le respect de chacun, le partage des taches pour vivre en harmonie les uns avec les autres.

Parfois c’est compliqué de faire comprendre l’importance de certaines règles que nos enfants peuvent allègrement transgresser comme par exemple lorsqu’ils s’injurient. Cette règle n’est pas valable uniquement à la maison, c’est aussi l’article 29 d’une loi promulguée le 29 juillet 1881. L’enfreindre est une infraction sanctionnée par des amendes : 12000€ pour des injures publiques et cela peut aller jusqu’à 6 mois de prison si l’injure est discriminatoire. Faire prendre conscience à nos enfants que ces règles s’appliquent à tous – adultes y compris- et quelles en sont les conséquences permettent de calmer un peu les ardeurs !

En garantissant la liberté de l’enfant

Pour sortir de cette tyrannie du plaisir, l’enfant a besoin que nous donnions du sens à ce qui lui fait moins plaisir. Pour cela, on peut s’adresser à son intelligence : « Pour que nous puissions déjeuner ensemble… » puis à sa liberté : « est-ce que tu veux bien mettre le couvert s’il te plait ? » Cette formule « Pour que….est-ce que tu veux bien…. » permet de garantir le sens de notre demande et la liberté de l’enfant. Elle suppose que nous soyons capable de lâcher prise sur la réalisation, que certaines choses ne soient pas faites et d’accepter d’en appliquer les conséquences. Par cette formule, l’enfant doit se positionner, choisir son action. La formule « pour que….est-ce que tu peux… » suscite la coopération et respecte la dignité de chacun sans partir dans de grandes explications. Quand il a choisi de suivre son bon plaisir nous pouvons le rejoindre : « Je comprends que tu aies bien mieux à faire, cependant à 8h00 nous devrons partir pour l’école. Je comprends que tu veuilles faire ton bon plaisir comme un tout petit mais sache que cela aura des conséquences. A nous de choisir des conséquences proportionnées et en lien avec l’action qui n’a pas été réalisée. En grandissant, l’enfant doit comprendre qu’il doit renoncer, choisir pour grandir. Quand l’enfant respecte le cadre, pensons à prendre le temps de valoriser ce qui a été bien fait. Pensons aussi à communiquer plus sur le comportement qui est attendu – dans un supermarché, chacun est prié de se déplacer calmement – et moins sur ce qu’il ne faut pas faire – il est interdit de courir dans le supermarché.

Lorsque l’enfant choisit d’agir de telle ou telle manière, il apprend peu à peu à en accepter les conséquences. Les parents sont là pour lui rappeler qu’il a posé l’acte et qu’il en porte les conséquences (qu’il devra subir si elles sont négatives). Peu à peu, l’enfant apprend à choisir ce qui est bon pour lui mais également pour la société. Prenons garde de lui proposer des choix dont il est capable. A 4 ans, il peut choisir entre son pull rouge et son pull bleu, entre deux dessins animés (et pas entre 10, choix trop difficile) mais le choix du lieu de vacances ne lui revient pas par exemple.

Quand mon fils se comporte mal à l’école, je lui rappelle qu’il a le choix et qu’il est libre de choisir :

– soit il se bagarre et il sait quelles en sont les conséquences

– soit il ne se bagarre pas, c’est sûrement moins drôle mais la conséquence est que la journée à l’école se passe bien.

A lui de voir quelles conséquences il veut assumer. Chaque matin, je lui rappelle : tu as le choix ! A toi de choisir.

Manon, maman de Joseph 6 ans, qui aime beaucoup se bagarrer dans la cour.

Parallèlement au respect des lois et des règles, l’enfant a besoin qu’on l’aide à acquérir des capacités d’analyse, de discernement, de résistance, de refus. Il doit pouvoir dire « oui, je suis d’accord, oui, je vais le faire, j’assume ce que je fais. C’est ainsi qu’il devient une personne responsable de lui-même, de ses choix, quelqu’un capable d’agir et d’aller de l’avant, apte à assumer ses erreurs, à les réparer, à trouver des solutions.

Joie de se se sentir responsable, que l’on compte sur nous pour agir, pour choisir – Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

Pas de liberté sans responsabilité

« C’est celui qui fait qui a raison » est un adage que l’on retrouve beaucoup chez les familles nombreuses. La famille fait confiance à chacun pour mener à bien les missions qui lui sont confiées. Après l’apprentissage essentiel des savoir-faire, chacun à la liberté de faire son chemin pour arriver au résultat attendu. Gare à celui qui a cru avoir tout son temps pour ranger sa chambre et qui le moment venu ne la verra pas nettoyée, faute d’avoir mis de l’ordre à temps. Il a pu exercer sa responsabilité, sa liberté et les conséquences de ses choix (ou de ses non-choix car ne pas choisir est aussi un choix !). Malheur aussi à celui qui pensait pouvoir mettre le couvert « à l’arrache « et qui se fait vilipender par les autres car rien n’est prêt au moment de passer à table. Il a choisi de ne pas anticiper, la conséquence directe est d’accepter que d’autres puissent lui en faire la remontrance.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités 

Spiderman
Photo de Pavel Danilyuk sur Pexels.com

En développant la liberté, on développe leur sens des responsabilité. A chaque acte posé il y a une conséquence. Peu à peu, nous leur apprenons à ne plus réagir en fonction de leurs envies, mais en fonction de ce qui est bon, bien pour eux et pour les autres, même si cela ne leur fait pas plaisir.

Savoir exercer sa liberté, c’est également avoir appris à gérer la frustration. Le monde ne peut se plier à tous mes désirs sinon le monde se chargera de m’apprendre et ce sera sans doute assez violent. La réalité du monde s’impose à nous, sans faire de sentiment. La société nous donne l’illusion que l’on peut tout avoir, tout acheter. Elle amplifie le sentiment de frustration : je voudrais avoir comme les autres et autant que les autres ! En tant que parents, on peut aider nos enfants à comprendre que l’on peut être heureux même quand il faut attendre, même quand on n’a pas tout, même si on ne peut pas faire tout ce dont on a envie. C’est un travail sur le long terme…

On ne réussit qu’à force de patience et de persévérance.

Fontenelle

Par l’éducation, nous pouvons permettre à chaque enfant de trouver sa place dans le groupe familial, de développer ses potentialités et établir des relations harmonieuses avec sa famille, ses amis, et avec la société. Peu à peu, nos enfants deviennent capable de faire avec ce que la vie donne mais aussi sans. Être libre intérieurement est une source de bonheur pour soi mais aussi autour de soi. Guider nos enfants sur ce chemin de la liberté c’est les aider à acquérir plus de discernement, de curiosité, de connaissance de soi et de compréhension du monde qui les entoure.

Des films à regarder en famille :

  • Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot
  • Azur et Asmar de Michel Ocelot
  • Rebelle
  • La Reine des Neiges
  • Le livre de la jungle
  • Spiderman
  • Au revoir les enfants de Louis Malle
  • The Truman show
  • Billy Elliott
  • Alexandre le bienheureux de Yves Robert
  • Mandela un long chemin vers la liberté
  • 12 hommes en colère
  • La liste de Schindler
  • La vie est belle de Roberto Benigni
  • Les 10 commandements de Cécile B. DeMille

Et bien d’autres…

Une petite bibliographie pour aller plus loin :

La psychologie positive avec les enfants, Agnès Dutheil, Eyrolles : pour mettre en place un cadre clair et respectueux.

Je me fais obéir sans crier, Nina Bataille, Larousse, pour des clés et des activités ciblées pour accompagner son enfant sur le chemin de l’acceptation des règles, des lois pour plus de liberté !

Les quatre accords toltèques transmis à mon enfant, Mélissa Monnier, Olivier Clerc, éditions Jouvence : pour développer des attitudes responsables qui garantissent la liberté de chacun.

Apprenez-leur la liberté de Marie-Jeanne Trouchaud : pour faire le point sur ce qui se joue autour de cette notion de liberté.

Recettes presque imparables pour dialoguer avec son ado de Angélique Motte et Claire Raimbaud : pour maintenir un cadre sans oublier la relation avec ses ados, des points de repères très clairs !

Et une petite sélection d’albums jeunesse autour de cette notion de liberté, de loi, de choix…

On pourrait citer encore pour les plus grands : Le petit Prince et Vol de nuit d’Antoine de Saint Exupery, Tobie Lolness de Timothée de Fombelle, Les dieux voyagent toujours incognito de Laurent Gounelle, Sa majesté des mouches de William Gloding, La bibliomule de Cordoue de Wilfried Lupano et Léonard Chemineau…