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« L’autorité, c’est autant d’écoute que de règles. » Rencontre avec Nina Bataille, auteure de « Je me fais obéir sans crier »

Après avoir lu le livre « Je me fais obéir sans crier », le Réseau des Parents a eu envie de rencontrer son auteure, Nina Bataille.

Nina bataille est une coach spécialisée sur les questions de bien-être au travail et en famille. Elle est également spécialiste de la prévention des risques psychosociaux. Elle s’est formée au coaching professionnel, au coaching systémique et sur les neurosciences. Elle est également l’auteur d’ouvrages chez Larousse et Eyrolles.

L’obéissance est un mot que l’on utilise moins aujourd’hui et qui semble un peu ringard. Pourquoi avoir choisi d’écrire un livre sur ce sujet ?

 C’est l’éditeur qui a choisi ce titre mais cela ne me dérange pas du tout, je l’assume à 200%. Ce n’est pas un gros mot ! Cela génère beaucoup de confusion chez les parents de ne plus pouvoir parler d’obéissance. Ils se sentent perdus, ont plus de difficultés à assumer leur autorité et c’est un gros problème. Quand les enfants sont petits, ils rencontrent de petits problèmes et quand ils sont grands les difficultés liées à la question de l’autorité, l’encadrement, génèrent des problèmes énormes. Obéissance ne veut pas dire soumission, c’est seulement donner un cadre avec des règles. Les parents confondent aussi autorité et autoritarisme. Une fois que l’on a clarifié les choses, on évite ces confusions et on peut avancer.

 Quel était votre objectif en écrivant ce livre ?

 Je voulais donner des clés faciles pour que les parents aient plus confiance en eux . L’autorité c’est autant d’écoute que de règles. Parfois les parents sont perdus car ils sont trop dans l’écoute parce qu’ils entendent qu’il faut respecter l’enfant qu’il faut l’écouter. Or à un moment donné, les parents « pètent les plombs », ils deviennent brutalement autoritaires et ils sont à la fois trop dans l’écoute et trop dans l’autoritarisme. Mon idée était d’aider à donner un cadre clair et si vous ne savez pas comment le poser, parce que ce n’est pas forcément intuitif, voilà des outils pour le faire. Une fois qu’on a mis des règles, il faut aussi mettre beaucoup d’écoute pour comprendre et apprendre les comportements des enfants. Je parle par exemple de la bouderie dans mon livre parce que les parents ne savent pas forcément comment écouter cette bouderie et je voulais donner des clés pour les aider.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les parents aujourd’hui par rapport à l’autorité, l’obéissance ?

C’est difficile pour les parents d’aujourd’hui. Nous avons tous été éduqués avec une part plus ou moins grande d’autoritarisme. Ce qui est compliqué pour la génération actuelle de parents, c’est que l’on a compris que l’autoritarisme ne fonctionnait plus et qu’il fallait se mettre plus à l’écoute. D’un côté, on doit faire des efforts pour ne pas reproduire le modèle qu’on a eu (ou en tout cas en retirer l’autoritarisme) et de l’autre, il faut apprendre de nouvelles techniques parce qu’on n’a pas les clés. Ce sera sans doute plus facile pour nos enfants parce qu’ils auront été éduqués dedans. En attendant, on est coincé entre le  » il ne faut pas reproduire » et « apprendre de nouveaux trucs », c’est extrêmement difficile ! Et comme c’est difficile, c’est encore plus important de prendre soin de soi en tant que parents car tout est réuni pour s’épuiser ! Facile à dire mais pas si facile à faire, évidemment ! Et pourtant c’est essentiel. Sans temps pour se ressourcer, impossible de tenir sur la durée car ce défi est épuisant. Si je ne prends pas soin de moi, il m’est impossible de prendre soin des autres. Par ailleurs, cette hyper écoute non reliée à la présence d’un cadre sécurisant fait le lit des harceleurs et des harcelés. La plupart du temps il y a un défaut d’encadrement des adultes vis à vis des harceleurs et des harcelés.

 Quelle est la démarche que vous proposez dans votre livre ?

J’aimerais que les parents commencent par comprendre les besoins d’un enfant. En fonction de l’âge de l’enfant, on n’a pas les mêmes demandes. Par exemple, il n’y a pas de caprices avant 2 ans : il a des besoins non satisfaits. Je me base beaucoup sur les travaux de Catherine Guéguen, je trouve qu’il y a pas de mieux pour comprendre le fonctionnement d’un petit. Un enfant c’est un enfant, je ne peux pas lui demander de fonctionner comme un adulte, je dois comprendre son rythme, le respecter, respecter ses besoins. Inutile de punir un enfant de 2 ans, mieux vaut décoder quel est le problème plutôt que tomber à côté et générer d’autres problèmes beaucoup plus importants. Par contre, je mets un cadre. Par exemple : tu fais deux tours de manège, et je fais bien descendre l’enfant du manège à la fin de ces deux tours même si ce moment est inconfortable pour lui, on tient bon ! On pose le cadre en fonction de ce que l’enfant est capable de comprendre.

J’ai commencé ce métier pour comprendre comment fonctionnait l’être humain, comprendre comment il fonctionne aux différentes étapes de son développement. En comprenant mieux son développement, je vois ce que je peux attendre de lui, ce que je peux lui demander. L’enfant a besoin d’un cadre. Quand vous apprenez à un enfant de 3/4 ans ce que sont des limites, ce que c’est qu’un effort, ce que c’est que la patience comme on peut le voir dans le fameux test du Marshmallow, on lui fait expérimenter la frustration et ainsi on créé de nouvelles connexions dans son cerveau. Enfants et adolescents sont soumis à leur bon plaisir car une partie de leur cerveau est encore sous-développée. Quand on leur apprend à retarder leur plaisir immédiat pour un plaisir futur plus grand, on les aide à développer ces connexions. L’idée n’est pas de frustrer pour frustrer mais de leur expliquer qu’ainsi on muscle les connexions entre le striatum et le cortex préfrontal. Les étudiants en médecine en sont un très bon exemple. Il faut expliquer les choses aux enfants, ne pas trop les surprotéger, seulement les protéger de ce qui n’est pas de leur âge. Il faut leur parler vrai avec des mots qu’ils comprennent et tout cela prend du sens. Je rejoins beaucoup Françoise Dolto quand elle dit que les parents ont le devoir d’écouter leurs enfants et de les éduquer. Elle n’a jamais dit qu’il fallait les laisser tout faire. On peut résumer ainsi ce qu’elle a écrit sur l’adolescence et la petite enfance : on écoute et on encadre.

Les éléments les plus importants à prendre en compte pour que nos enfants nous obéisse ?

 Si on est en couple, on a besoin d’être cohérent, de faire son cadre chacun de son côté avec l’outil que je propose : qu’est-ce qui est négociable, qu’est-ce qui ne l’est pas et qu’est-ce qui est interdit. On peut faire de ce moment d’échange et de décision un moment agréable, au restaurant par exemple. On se met d’accord sur 5 choses ( 8 maximum) et on s’y tient. Il faut une constance dans l’application des conséquences ou des sanctions. Quand il y a 10 milliards de règles, cela devient compliqué pour tout le monde. Quand trop de règles sont négociables, vous apprenez à vos enfants à négocier mais pas à les respecter. Ce n’est pas facile de tenir bon mais dîtes-vous que c’est comme le jardinier qui plante un chêne. Vous n’allez pas forcément voir ce qui va pousser mais vous aurez contribué à en faire un « beau chêne ».

Si vous deviez donner un « mantra » à garder un mémoire pour ne pas perdre le cap ?

CONFIANCE, PERSEVERANCE, AMOUR. Gardez confiance, soyez persévérants même si vous ne voyez pas les fruits du cadre que vous donnez. C’est très frustrant, mais l’éducation est un travail de longue alène, qui vise le long terme. C’est normal qu’on ait envie de baisser les bras, que ce soit difficile et même ingrat. Le curseur de l’autorité évolue sans cesse au gré de l’âge et des capacités de l’enfant. Un enfant de 15 ans ne suit pas exactement les mêmes règles qu’un enfant de 10 ou de 15. c’est normal qu’elles évoluent et que l’on doive se remettre régulièrement en question.

Sur les réseaux sociaux, il y a tout un courant de pensée qui parle d’adultisme dès lors que l’on prononce le mot d’obéissance, de limites données par l’adulte à l’enfant, comme un abus de pouvoir de l’adulte envers l’enfant. Qu’en pensez-vous ?

Je serais bien curieuse de savoir ce qu’il va se passer avec les enfants quand ils seront adolescents. Tant mieux pour eux si cette vision des choses leur réussit mais je pense qu’ils vont plutôt au devant de gros problèmes. Pour moi, il est important de faire comprendre aux enfants qu’ils ont des droits mais aussi des devoirs. Il n’y a pas de droits sans devoirs. D’ailleurs, si on regarde de plus près cette question, nous avons tous beaucoup plus de devoirs que de droits. Il faut apprendre à l’enfant à distinguer droit et loisirs. J’ai le loisir de remplir mon frigo avec ce que j’aime mais si mes parents ne vont pas travailler, ils ne gagnent pas d’argent et je ne peux pas manger. C’est pareil pour l’enfant. Tu fais tes devoirs, ta participation à la vie familiale et ensuite tu peux aller jouer. Quand tu rentres de l’école, tu peux aller faire une pause mais ensuite tu vas travailler, tu ne vas pas devant un écran. Dans la vie, si je fais passer mes loisirs devant, je ne serais pas payé. De même, c’est important de sanctionner l’enfant quand il ne respecte pas les règles. Nous mêmes, parents, lorsque nous ne respectons pas les lois, nous avons une amende et c’est normal. C’est la conséquence logique du comportement que l’on a eu, du choix que l’on a fait.

 Si une toute jeune maman avec son enfant de 2 ans vous demandait un conseil, que lui diriez-vous ?

Un jour, j’allais faire un atelier pour parents le soir et je m’étais dit  » tiens je vais faire un petit cadeau aux participants, je vais leur offrir le petit carnet dans lequel ils vont prendre leurs notes ». Je me rends dans un magasin avec ma fille, vers 17/18H et ma fille me fait une crise monumentale pour avoir un jouet. Et je me dis :  » Dans deux heures, tu fais un atelier de parents. Si jamais l’un des participants a assisté à cette scène, je ne vais pas être crédible…Qu’est ce que je vais bien pouvoir dire aux parents ? ». J’ai commencé mon atelier en racontant cette scène, pourquoi, moi j’irais donner des conseils alors que ma fille se roule aussi par terre dans le magasin ? C’est normal si la dame vous regarde en vous faisant une remarque disant que votre enfant est malpoli, c’est parce qu’elle ne se souvient plus, qu’elle n’a pas d’enfants ou alors qu’elle est malheureuse, elle est en colère. En tant que parents, nous sommes tous passés par là alors on se détend, c’est une étape normale du développement de l’enfant. De la même manière, avec des adolescents, on doit travailler sur ce sur quoi nous voulons lâcher du lest car l’enfant a grandi, trouver un juste équilibre, expliquer ce qui nous tient à cœur sans relâche. C’est fatigant et c’est normal que ce le soit. Et c’est pour cela qu’il est si important de penser à nous ressourcer quand on est parents. C’est plus facile de supporter tout cela quand on sait que c’est normal de rencontrer ces difficultés. On est comme tout le monde, ni plus ni moins ! Dans mon livre, je donne des techniques mais il ne faut pas les appliquer à 100%. Il faut les considérer comme des outils, piocher dedans et prendre ceux qui nous plaisent, ceux qui nous semblent utiles, ce qui nous parlent. Et même quand on acquit des techniques, garder à l’esprit, que l’on peut être fatigué, pressé, mal faire. L’avantage d’avoir quelques outils c’est que l’on se donne les moyens de faire autrement, on ne se sent pas démuni. Et peu à peu, en utilisant ces outils, on s’aperçoit que nos enfants les utilisent aussi et que cela change le rapport entre eux, entre nous. Même si cela nous arrive d’être énervés et d’avoir des comportements franchement pas terribles, nous savons comment faire pour sortir des problèmes que nous rencontrons. Cela permet de relativiser, prendre du recul et finalement de trouver les solutions dont notre famille a besoin.

 Si vous pouviez donner trois clés pour se faire obéir sans crier, ce serait quoi ?

  • 5 règles max (à l’extrême limite, on peut aller jusqu’à 8), des conséquences claires, j’ai prévenu mon enfant et je les mets en œuvre.
  • Il ne faut pas des conséquences qui soient difficilement applicables comme une privation de 2 semaines de jeux vidéo quand l’enfant a joué une heure de plus, des conséquences que l’on peut tenir.
  • De l’écoute pour décoder et comprendre ce qui se passe, comprendre ce que c’est qu’un petit être humain. A chaque moment passé avec mon enfant, je créé du lien, je transmets quelque chose, j’apprends à mieux le connaître.

C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

Antoine de Saint Exupéry
Conférencière Nina Bataille | développement personnel et en parentalité

« Je me fais obéir sans crier, écouter son enfant, s’imposer en douceur, apprendre à mieux lui parler » Nina Bataille, Larousse, 2021

Pour en savoir plus sur l’activité de Nina Bataille, retrouvez-la sur son site.